L’image de Florent Ibenge, technicien congolais aujourd’hui à la tête d’Azam FC en Tanzanie, bloqué ou retardé dans son déplacement vers le Rwanda dans le cadre des mesures sanitaires prises par Kigali face à la menace d’Ebola en provenance de la RDC, interpelle bien au-delà du simple fait divers sportif.
Le Rwanda avait renforcé ses contrôles sanitaires à ses frontières avec la RDC, allant jusqu’à refuser temporairement l’entrée aux ressortissants étrangers ayant séjourné ou transité par la RDC au cours des 30 jours précédents. Il est important de le préciser : ces mesures relevaient de la prévention sanitaire et ne signifiaient nullement que Florent Ibenge était atteint d’Ebola.
Mais cette actualité nous offre surtout l’occasion de poser une question qui mérite d’être entendue à Kinshasa : pourquoi ne pas chercher à faire revenir certains de nos techniciens expérimentés pour contribuer à la reconstruction de nos clubs ?
Florent Ibenge fait partie de ces entraîneurs congolais dont le parcours a marqué le football national. Son passage à l’AS Vita Club avait notamment permis au club de retrouver une véritable dimension continentale. Son expérience à l’étranger, notamment avec Al-Hilal et aujourd’hui avec Azam FC, témoigne également de la reconnaissance dont il bénéficie au-delà de nos frontières. Ibenge a d’ailleurs prolongé son contrat avec Azam FC jusqu’en 2028, preuve que son travail continue d’être apprécié.
Et Kinshasa dans tout ça ?
Aujourd’hui, le football congolais semble avoir perdu une partie de l’effervescence qui faisait sa particularité.
Les grands clubs de Kinshasa peinent à retrouver leur régularité et leur rayonnement. Le cas du DCMP est particulièrement préoccupant, lui qui se retrouve aujourd’hui loin des premières places et de la dynamique que l’on attend d’un club de son histoire.
Le championnat national, lui aussi, semble avoir perdu de son attractivité. Les tribunes ne vibrent plus comme avant, les rivalités sportives ont perdu de leur intensité et le public semble progressivement se détourner d’une compétition qui, autrefois, constituait l’un des grands rendez-vous sportifs du pays.
Pourtant, nous ne manquons ni de talents, ni de passion, ni d’anciens joueurs capables de transmettre leur expérience.
Alors pourquoi ne pas créer les conditions pour que des entraîneurs comme Florent Ibenge puissent revenir travailler à Kinshasa ?
Il ne s’agit pas nécessairement de demander à Ibenge de prendre immédiatement les commandes d’un club. Il s’agit surtout de réfléchir à une politique sportive capable de valoriser nos techniciens expérimentés, de leur donner les moyens de travailler et de leur confier des projets à long terme.
Nous avons besoin de projets, pas seulement de changements d’entraîneurs
Le football congolais ne pourra pas progresser en changeant constamment de coach sans véritable projet sportif.
Nos clubs ont besoin d’une vision : formation des jeunes, recrutement intelligent, préparation physique, encadrement professionnel, infrastructures, stabilité technique et participation régulière aux compétitions africaines.
Des entraîneurs congolais expérimentés peuvent apporter une partie de cette expertise.
Florent Ibenge, mais aussi d’autres techniciens de notre génération, devraient pouvoir être associés à cette reconstruction.
Le football congolais a déjà montré qu’il pouvait faire rêver. Nous avons connu des clubs capables de rivaliser sur le continent, des stades pleins et des championnats suivis avec passion.
Aujourd’hui, le constat est différent.
Le public veut retrouver ses émotions. Les clubs veulent retrouver leur identité. Les jeunes veulent avoir des modèles. Et notre championnat a besoin de retrouver son effervescence.
Kinshasa doit peut-être regarder à nouveau vers ses propres enfants.
Pendant que certains entraîneurs congolais construisent leur réputation à l’étranger, nos clubs locaux cherchent encore leur stabilité.
Et si le moment était venu de leur proposer un retour ?
Pas comme un geste nostalgique.
Mais comme un investissement dans l’avenir du football congolais.
Gaël
Média Actualité
