RDC : Judith Suminwa à New York, après le retrait de la MONUSCO, quelle sera la nouvelle relation entre Kinshasa et l’ONU ?

Politique
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Kinshasa, 21 septembre 2026 — Cette fois, Félix-Antoine Tshisekedi ne sera pas à la tribune des Nations unies. Pour la 81ᵉ session de l’Assemblée générale, le chef de l’État a mandaté la Première ministre Judith Suminwa Tuluka pour représenter la République Démocratique du Congo à New York.

Attendue aux travaux de haut niveau du 22 au 26 septembre 2026, la cheffe du gouvernement congolais doit porter la voix de la RDC sur les questions de paix et de sécurité, de développement durable, de coopération internationale et de renforcement du multilatéralisme.

Des rencontres bilatérales avec plusieurs partenaires sont également prévues en marge des travaux.Ce déplacement intervient dans un contexte particulier pour Kinshasa : celui d’une relation avec les Nations unies en pleine redéfinition.

De la demande de retrait de la MONUSCO à une relation en mutation

En septembre 2023, la RDC avait officiellement demandé l’accélération du retrait de la MONUSCO. Cette demande a ensuite été intégrée au processus de désengagement adopté par le Conseil de sécurité.

En décembre 2023, la résolution 2717 a acté un retrait « progressif, responsable et durable » de la Mission, assorti d’un transfert progressif de responsabilités aux autorités congolaises.

Le Conseil de sécurité insistait parallèlement sur la nécessité de renforcer les capacités et l’autorité de l’État afin d’éviter un vide sécuritaire.Le départ de la MONUSCO n’a donc pas signifié la fin de la coopération entre Kinshasa et les Nations unies.

C’est précisément là que se situe l’enjeu du déplacement de Judith Suminwa : si la présence militaire onusienne diminue, quel rôle Kinshasa entend-il désormais assigner à l’ONU ?

Une RDC qui veut davantage compter sur ses propres instruments

Le voyage de la Première ministre comporte également une dimension symbolique.Judith Suminwa a quitté Kinshasa ce dimanche 20 septembre 2026 à bord d’un appareil d’Air Congo à destination de Paris, première étape de son déplacement vers New York. Elle a elle-même présenté ce choix comme une manière de soutenir la compagnie nationale et d’encourager son développement.

Au-delà de cet épisode, le geste s’inscrit dans un discours plus large sur la souveraineté et la capacité de la RDC à développer ses propres instruments.

Le parallèle avec la sécurité doit cependant être manié avec prudence. Le retrait de la MONUSCO résulte d’un processus négocié avec les Nations unies et ne signifie pas la disparition de la coopération entre Kinshasa et l’organisation internationale.L’équation semble plutôt évoluer vers un nouveau modèle : moins de présence militaire internationale sur le terrain, mais toujours une attente forte à l’égard du poids diplomatique de l’ONU.

L’absence de Félix Antoine Tshisekedi, à ne pas surinterpréter

En septembre 2025, Félix Tshisekedi avait personnellement participé à la 80ᵉ session de l’Assemblée générale. Cette année, le Président reste à Kinshasa et confie la représentation de la RDC à sa Première ministre.Aucun élément officiel ne permet, à ce stade, de présenter cette absence comme une sanction ou comme la traduction d’un désaccord avec les Nations unies.La différence n’en demeure pas moins notable dans le calendrier diplomatique congolais.

Après plusieurs initiatives internationales consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est, la présence de Judith Suminwa à New York intervient alors que Kinshasa continue de rechercher un appui international sur les questions de sécurité, de souveraineté et de respect de l’intégrité territoriale.Son intervention permettra notamment d’observer la place que le gouvernement entend accorder au multilatéralisme dans sa stratégie diplomatique.

À Kinshasa, l’ONU est aussi interpellée sur les droits humains

Les attentes adressées aux Nations unies ne se limitent toutefois pas à la situation sécuritaire dans l’Est.Le 15 septembre, la coalition d’opposition C64 a organisé des manifestations contre le projet de révision constitutionnelle dans plusieurs villes du pays. Selon Reuters et l’Associated Press, à Kinshasa, la police a dispersé le rassemblement à l’aide de gaz lacrymogènes et de tirs de sommation, Pourtant, la mobilisation avait été autorisée par l’Hôtel de Ville de Kinshasa, mais des affrontements ont opposé des manifestants à des groupes favorables au pouvoir, avant l’intervention des forces de sécurité, a affirmé Reuters.

Ces événements ont replacé au premier plan d’autres sujets susceptibles d’être portés devant les mécanismes internationaux : droits humains, libertés publiques et respect des règles constitutionnelles.La C64 présente ses mobilisations comme une opposition au projet de modification de la Constitution. Cette position appartient aux acteurs qui la défendent et ne saurait être assimilée à celle de l’ensemble de la classe politique congolaise.

Deux attentes différentes vis-à-vis de la communauté internationale

Le rôle attendu de l’ONU ne se résume donc plus à la présence de casques bleus.Du côté du pouvoir, l’accent est notamment mis sur la souveraineté, la sécurité et la nécessité d’obtenir un soutien international face aux enjeux de l’Est.Dans une partie de l’opposition et de la société civile, les attentes portent également sur les libertés publiques, les droits humains et le respect des règles constitutionnelles.Ces différentes attentes placent l’ONU dans une position particulière : interlocuteur sécuritaire en retrait sur le terrain, mais acteur diplomatique toujours sollicité.

Souveraineté et coopération : l’équation de Kinshasa

Le paradoxe apparent est désormais installé.La RDC a demandé le retrait accéléré de la MONUSCO au nom d’une plus grande prise en main de sa sécurité. Mais elle continue parallèlement de solliciter le Conseil de sécurité et les différents mécanismes des Nations unies sur la situation dans l’Est et sur plusieurs questions internationales.Il ne s’agit pas nécessairement d’une contradiction.La résolution 2717 elle-même prévoyait que le retrait de la MONUSCO soit accompagné d’un renforcement des capacités de l’État congolais et appelait les partenaires internationaux à soutenir cette transition.La relation entre Kinshasa et l’ONU peut ainsi évoluer vers une configuration différente : moins de présence militaire internationale permanente, mais une attente toujours forte envers l’influence diplomatique, politique et juridique des Nations unies. C’est dans cet espace que Judith Suminwa arrive à New York.Quel message de Kinshasa à New York ?La Primature présente la participation de Judith Suminwa autour de plusieurs priorités : paix et sécurité, développement durable, coopération internationale et renforcement du multilatéralisme.Mais son intervention sera également observée à l’aune des préoccupations qui traversent actuellement la RDC.Après les différents processus diplomatiques consacrés à la crise sécuritaire dans l’Est, Kinshasa cherchera-t-il à obtenir un engagement politique plus important de ses partenaires ?La Première ministre insistera-t-elle davantage sur la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC ?Demandera-t-elle un soutien renforcé à la mise en œuvre des engagements pris dans les différents processus de paix ?Et au-delà de la sécurité, quelle place l’ONU doit-elle occuper dans les prochaines échéances politiques du pays ?C’est sur cette articulation entre sécurité, souveraineté, droits humains et avenir institutionnel que le passage de Judith Suminwa à New York sera particulièrement scruté.La question de fond demeure donc entière : après avoir demandé le retrait de la MONUSCO au nom d’une plus grande prise en main de sa sécurité, quel rôle Kinshasa souhaite-t-il désormais voir jouer par les Nations unies ?La 81ᵉ Assemblée générale pourrait fournir les premiers éléments de réponse.

GAEL KABUYA LE COSMOPOLITE.

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