Entretien à bâtons rompus avec le patriarche Alexis Mutanda Ngoyi-Muana : La révision ou le changement de la constitution est un vieux projet de l’UDPS !

Politique
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Dans notre première publication en rapport avec l’entrevue que nous avions eue avec celui que nous appelons le « Dernier des Mohicans », comme pour dire qu’on était là en face d’une espèce en voie de disparition, nous nous sommes bornés à donner à nos lecteurs la dimension intellectuelle, professionnelle et politique de cette personne-ressource.

Dans le présent article, nous nous sommes attelés, mutatis mutandis, à leur offrir la quintessence de cet entretien, dans lequel le secrétaire général honoraire de l’UDPS a bien daigné nous donner son point de vue sur les différents dossiers qui bousculent le parti actuellement au pouvoir, dont il est un des membres co-fondateurs.  

Media Actualité : Pourquoi, avec la position privilégiée que vous aviez à la SNEL, avez-vous fait le choix de l’UDPS, et non du MPR, avec tout ce que votre adhésion à ce parti à l’époque prohibé pouvait représenter comme tourments ?

Alexis Mutanda : A la SNEL, j’étais un fonctionnaire de l’état, donc un ingénieur qui devait s’occuper des problèmes techniques d’une entreprise stratégique de l’état congolais, et donc apolitique. Mais lorsqu’on a entre ses mains la gestion de tous les grands projets d’une grande entreprise comme la SNEL : Inga I, Inga II, ligne Inga-Shaba, avec comme partenaires des italiens à Inga I et Il, des français aussi, des américains à Inga-Shaba, sans compter des sous-traitants et d’autres partenaires de plusieurs origines, à un certain moment, les envieux vont commencer à vous regarder de travers. Et ce fut pareil pour moi. Comme en 1986, j’ai eu de sérieux problèmes avec l’entreprise, je suis donc parti de là, après 15 ans de service bien rendu. 

Devenu libre de m’engager politiquement, j’ai adhéré à l’UDPS, parce que son projet politique était très proche de mes idéaux. Cet engagement n’avait d’autre but que celui de vouloir sortir mon pays de la turbulence où l’avait amené la dictature de la deuxième république. Ayant été presque partout au monde, je vivais d’une manière étrange l’écart que je voyais dans la situation de mon pays, avec ce qui se passait ailleurs.  

Le patriarche Alexis Mutanda Ngoyi-Muana, lors d’une communication avec le public.

Média Actualité : Avec tout ce que vous avez comme expertise et compétences en matière d’électricité, maintenant que l’UDPS est au pouvoir, est-ce que  les dirigeants actuels de la SNEL, ou son autorité de tutelle, vous consultent de temps en temps pour l’amélioration de la production et de la distribution du courant électrique ?

Alexis Mutanda : Rien du tout ! Les congolais font tellement des complexes de supériorité ou d’infériorité, qu’il leur est souvent difficile de recourir à l’expérience ou à la compétence des autres. La seule fois où j’ai été vraiment sollicité pour ce genre de problèmes, c’était à l’époque du Premier Ministre Étienne Tshisekedi, qui avait fait de moi son conseiller en matière d’infrastructures. Pour le moment, je ne sais même pas comment les choses se passent là-bas. A notre époque, on était très rigoureux dans la gestion technique de cette entreprise, mais à voir comment les choses se passent dans le quartier où j’habite, je me dis toujours qu’il y a assurément à boire et à manger dans l’organisation actuelle de cette Société Nationale d’électricité. 

A l’ancien temps, quand il y avait une panne quelque part, l’intervention était rapide, et en moins de 24 heures, le problème était résolu. Mais aujourd’hui, les choses languissent tellement, au point que ce sont les jeunes gens du quartier qui s’organisent, aux frais des abonnés, pour les dépannages. Sinon, des pans entiers de la capitale peuvent comme ça végéter dans l’obscurité pendant des jours et des jours, voire des mois. On recourt à des délestages intempestifs et sélectifs pour reposer les matériels, devenus vétustes, lesquels ne sont jamais remplacés, sauf en cas d’urgence. N’eût été l’ingéniosité des techniciens congolais, même les deux centrales électriques d’Inga risqueraient d’être aux arrêts. Beaucoup d’infrastructures résistent grâce à la grande capacité d’adaptation du personnel technique; mais faire de la débrouillardise le modus operandi d’un secteur aussi capital, ça risque à la longue de devenir du tripotage !

La ligne Haute Tension à Courant Continu par exemple, qui part d’Inga jusqu’à Kolwezi, en passant par Kinshasa, Kikwit, Kananga, Kamina, 1700 km au total, exige un suivi qui nécessite d’énormes moyens; sinon, avec les pluies et les érosions, des pylônes peuvent s’écrouler. Il y a de grandes distances qui réclament des formules d’intervention qui ne peuvent pas être réalisées à pied, ni par vélo, même pas par véhicule, mais par des moyens aéroportés. Que voit-on maintenant ? Des sous-traitances qui peinent à bien remplir leurs devoirs, faute de moyens. Encore faut-il que ces gens, qui travaillent dans les conditions difficiles, soient payés à temps, parce qu’on a ouï dire qu’ils ont souvent des retards de paiement.

Photo souvenir des deux grosses pointures de l’UDPS, Ir Alexis Mutanda Ngoyi-Muana, de la génération des précurseurs, et Son Excellence Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, de celle des battants.

Média Actualité : Vous, en tant grand que cadre et membre co-fondateur de l’UDPS, que pensez-vous du débat sur le changement ou la révision de la constitution ? 

Alexis Mutanda : Ce que je pense de ce projet est très clair : au-delà de la volonté du Président de la République  qui en fait la clef de voûte de son deuxième mandat, l’UDPS avait déjà pris l’option de changer, ou de modifier, ladite constitution. On se souvient qu’en 2006, le parti actuellement au pouvoir avait appelé au boycott du référendum y afférent, et le défunt président Étienne Tshisekedi d’heureuse mémoire avait à l’époque vigoureusement houspillé le côté malveillant de ce texte, en clamant haut et fort que le jour où l’UDPS prendra le pouvoir, elle la taillera en pièces. 

On reconnaît un peuple discipliné par sa capacité à respecter la loi, mais aussi, par sa force de résistance face aux oukases. Si nous prenons par exemple le fameux article 217, qui suggère d’une manière scrupuleuse l’aliénation d’une partie de notre territoire pour le bien-être de l’OUA, ou quelque chose comme ça, il doit absolument disparaître de notre loi fondamentale.

Quant aux dispositions électorales qui permettent à un individu de postuler à tous les échelons électoraux, de l’élection du Président de la République à celle du Bourgmestre, en passant par les législatives nationales et provinciales, les sénatoriales, les communales, pourquoi pas par celles des gouverneurs, quelqu’un ayant fait main basse sur le trésor public peut se permettre de financer toutes ces campagnes électorales et gagner d’affilée trois ou quatre postes. Il prend alors un pour lui-même, il donne le deuxième à sa femme, le troisième à son fils, et le quatrième à son beau-fils, et on a ainsi des gens, politiquement nuls et démotivés, puisque n’ayant pas été votés, qui siègent dans les organes délibérants. Ce genre d’oligarchie familiale au sein des institutions de la république doit être interdit, et cette prohibition doit figurer en gras quelque part dans la loi fondamentale.

Quand on  Regarde par exemple cette histoire d’élection présidentielle à un seul tour, alors qu’elle était au départ à deux tours, on voit bien qu’elle avait été concoctée en 2011 par la clan Kabila, pour favoriser la tricherie, craignant que la confrontation au deuxième tour avec Étienne Tshisekedi  puisse être un raz de marée électoral pour le candidat à sa propre succession, et consacrer ainsi sans ambiguïté la Victoire de celui de l’opposition. En tout cas, il y a un tas de motifs valables pour modifier cette constitution taillée sur mesure.

Media Actualité : Et vous comptez partir au référendum avec une organisation politique qui semble être possédée par les démons de la querelle ?

Alexis Mutanda : L’UDPS a toujours été un parti rompu à la critique et à l’autocritique. Ce qui est vrai, ce qui se passe actuellement en son sein semble à première vue ahurissant, mais bientôt là, il va falloir qu’on y mette de l’ordre, pour justement gérer correctement la bataille du prochain référendum, qui se pointe déjà à l’horizon. Mais rien à faire, cette démarche va aboutir. Sinon pourquoi s’agite-t-on maintenant dans certaines nébuleuses arènes ? Pourquoi ceux qui avaient pris le « silence » comme discours politique commencent à subitement parler ? Parce qu’ils savent que le peuple a compris le message du Président de la République, et qu’il va porter ce projet référendaire au diapason de ses nobles aspirations. S’ils étaient sûrs de leur victoire, les ennemis d’hier n’allaient pas redevenir des alliés d’aujourd’hui, pour se liguer contre le pouvoir actuel, qui veut affranchir le peuple congolais d’une constitution pleine de sournoiseries, conçue plus pour le bien de certains individus que pour le bien-être de la population congolaise.

Propos recueillis par Jean-Paul Brigode ILOPI Bokanga/Directeur de Rédaction.

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