Sama Lukonde: De la primature au perchoir de la Chambre Haute du Parlement, un parcours atypique !

Politique
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Aux âmes bien nées, la grandeur n’attend point le nombre d’années, dit-on. Est-ce le cas pour Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge ? Né à Paris le 4 août 1977, cet
ancien membre du Parti du Peuple pour la Reconstruction et le Développement de Joseph Kabila Kabange, dont on disait être très proche de Moïse Katumbi Chapwe, un ancien du PPRD, devenu aujourd’hui Président d’Ensemble pour la République, est entré doublement dans les annales politiques congolaises.

En effet, le fils de feu Stéphane Lukonde Kyenge, un ancien ministre du Plan, des Ressources et Ravitaillement du gouvernement Nguz Karl I Bond en novembre 1991, décédé le 29 avril 2001, et de Faustine Mwansa, une universitaire catholique engagée, est un des cofondateurs du parti ACO (Avenir du Congo), avec Patrick Bologna, la huitième merveille, comme figure de proue, sans oublier Danny Banza, qui avait finalement été écarté de ce parti ayant publiquement fait allégeance à Joseph Kabila Kabange, le président honoraire de la RDC.

A 47 ans, cet ingénieur civil a été élu le lundi 12 août 2024 comme le président du Sénat congolais. Candidat consensuel de l’Union Sacrée pour la Nation, la plateforme qui soutient le pouvoir de Félix Tshisekedi, le nouveau promu a bénéficié du désistement d’Idrissa Afani, le candidat de l’UDPS, le parti au pouvoir, pour l’emporter haut la main face au nonagénaire Jonas Munkamba, le sénateur de la province de l’équateur, qui a brigué, en candidat indépendant, le poste du président du Sénat, nonobstant son appartenance, tout comme son concurrent, à l’Union Sacrée de la Nation.

Nommé à l’époque Ministre de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs par Joseph Kabila Kabange, plus précisément le 7 décembre 2014, dans le gouvernement Matata Ponyo II, en remplacement de Baudouin Banza Mukalay Nsungu, il va démissionner de ce poste le 25 septembre 2015, pour raisons d’incompatibilité idéologique, disent d’aucuns. On se souvient alors qu’à l’époque de la Coalition FCC-CASH, sa désignation le 3 juin 2019 comme le Directeur Général de la Gécamines par le président Félix Tshisekedi avait été à l’origine de la levée de boucliers entre les deux camps de la coalition précitée, qui s’étaient depuis lors regardé en chiens de faïence. C’est d’ailleurs ce climat délétère qui a débouché à l’implosion de cette plateforme qui unissait Joseph Kabila à Félix Tshisekedi, et à la création de l’Union Sacrée de la Nation.

Le 15 février 2021, il est chargé par le président Tshisekedi, en remplacement du Patriarche Sylvestre Ilunga Ilukamba, de former un nouveau gouvernement. Il est alors investi Premier Ministre par l’Assemblée nationale le 26 avril 2021. Suite à son élection à la députation nationale en février 2024, il va démissionner du poste de Chef de Gouvernement, et va gérer les affaires courantes jusqu’à la remise et reprise avec Mme Judith Sumwina Tuluka, qui l’a récemment remplacé à la Primature.

A la suite du vote des Grands Électeurs, Jean-Michel Sama Lukonde prend ainsi la tête de la Chambre Haute du Parlement congolais avec 84 voix sur les 95 votants, contre 8 voix à un Jonas Munkamba démystifié. Au finish, le bureau sénatorial que ce proche de Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo va diriger se présente de la manière suivante : outre lui-même, le président Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, José Kalala Wa Kalala, avait été élu comme 1ᵉʳ vice-président, Modeste Bahati Lukwebo en qualité de 2eme vice-président , Ngudianza Néfertiti’, en tant que Rapporteur, Jean-Claude Baende Etafe Eliko, Rapporteur adjoint, Taupin Mukengeshayi Kabongo Sylvain comme Questeur, et Omana Bitika Pascal, en guise d’adjoint.

Comme à la chambre basse du parlement congolais, dont le perchoir est tenu par l’honorable Vital Kamerhe, la Chambre Haute va être dirigée par un ancien proche de Joseph Kabila Kabange, non membre de l’UDPS, mais qui est maintenant un éminent membre du sérail de l’actuel président de la RD Congo.

Un autre fait intrigue les observateurs de la scène politique congolaise : le poste de deuxième vice-président du bureau de deux chambres semble avoir été réservé aux deux briscards politiques ayant dirigé ces institutions le mandat passé : Mboso Kudia Mpuanga pour l’Assemblée Nationale, et Modeste Bahati Lukwebo pour le Sénat.

Mais le scénario qui risque d’échapper au contrôle des analystes politiques congolais est celui qui va mettre l’honorable président Sama Lukonde, ancien collaborateur de Joseph Kabila Kabange, devenu le bras droit de Félix Tshisekedi, devant une situation cornélienne : la gestion du dossier du sénateur à vie Joseph Kabila Kabange, qui a été nommément accusé par son successeur d’être à la base de la déstabilisation de la paix à l’est de la RDC, via l’AFC de Corneille Nangaa, l’ancien président de la Ceni, qui a pourtant à la base de la passation du pouvoir pacifique entre les deux protagonistes en confrontation, lequel Corneille Nangaa vient d’ailleurs d’être condamné à mort, pour activité insurrectionnelle. Qui vivra verra !

Brigode/ D.R

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