Le 24 avril 2016, à 5 h 30 du matin, heure d’Abidjan, une icône s’effondrait sur scène. Papa Wemba, roi de la rumba congolaise, tirait sa révérence dans la capitale ivoirienne, en plein Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (FEMUA), à quelques semaines de ses 67 ans. Cette mort en artiste, micro en main, a marqué à jamais les esprits.
Dix ans plus tard, l’Afrique et sa diaspora rallument la flamme. En effet, le 24 avril est devenu bien plus qu’une date de deuil, mais plutôt un symbole de l’Union africaine en a fait un symbole de la célébration de la musique africaine.
Partout, des scènes s’illuminent au nom d’Ekumani. À Paris, le Zénith promet de vibrer au rythme de Zaïko Langa Langa, emmené par Jossart Nyoka Longo, compagnon des premières heures du de cujus.
Dans le sillage de Viva La Musica, Sec Bidens, Djuna Djanana et d’autres figures de la galaxie Wemba annoncent des prestations explosives. Mais le cœur battant de cette commémoration reste fidèle à deux villes : Abidjan, où tout s’est arrêté, et Kinshasa, où tout a commencé.
Abidjan, mémoire vive
Dans la capitale ivoirienne, l’hommage s’annonce solennel et spectaculaire. Organisée par le FEMUA, en partenariat avec la mairie de Marcory, la journée du souvenir se déploie à Anoumabo, lieu même du dernier souffle de l’artiste.
A en croire Cardinal Ekumani, le président des stylistes ivoiriens, Il y a au menu une messe d’action de grâce à l’église Saint-Pierre, un déjeuner officiel, puis la grande cérémonie populaire : danses guerrières, hymnes nationaux, parade municipale, discours officiel, avec comme point d’orgue, l’élévation de Papa Wemba au rang de citoyen d’honneur de Marcory, ainsi que l’inauguration d’une rue d’Abidjan en son nom.

La SAPE ne sera pas en reste, avec une parade annoncée comme l’un des moments forts de la journée. À 17 heures, Abidjan refermera ce chapitre mémoriel, sans éteindre l’émotion, paru un point de presse.
Kinshasa, entre ferveur et tiraillements
À Kinshasa, l’hommage se veut à la fois intime et populaire. Mais en coulisses, les initiatives ont été freinées par des rivalités entre héritiers artistiques et ayants droit. Une médiation de dernière minute entre Mère Amazone et Reddy Amisi aurait permis d’apaiser les tensions.
Sur le terrain, les fidèles ne dérogent pas au rituel : recueillement à la Nécropole Entre Terre et Ciel de la N’sele, puis messe à la paroisse Saint-Joseph de Matonge, berceau artistique du Kuru Yaka.
Un retour aux sources chargé de symboles
Dans la ville, radios et télévisions déroulent des programmes spéciaux. Outre Bosolo TV où il a été sollicité pour un reportage, le soussigné va prendre part à une tranche matinale d’Antenne A pour parler de l’illustre disparu, en tant que son biographe officiel.
Matonge, épicentre de l’univers Molokai, le Festival Papa Wemba embrase les artères mythiques — Madiakoko, Oshwe, avenue du Stade — autour du buste de M’zee Fula Ngenge.
L’Académie des Beaux-Arts et le musée de la rumba congolaise, installé dans l’ancienne résidence de l’artiste à Ma Campagne, s’inscrivent également dans cette dynamique commémorative.
Sur scène comme en streaming, l’héritage reste vivant : Kunzi Lele figure parmi les artistes congolais les plus écoutés, tandis que Petit Rossi continue de mobiliser les foules. Dix ans après, Papa Wemba n’est pas une absence. Il est une présence démultipliée.
Que Viva La Musica. Que Viva Papa Wemba. À jamais.
Jean-Paul ILOPI Bokanga/Directeur de Rédaction.-
