Dans une récente livraison, nous faisions déjà état de l’épreuve de force opposant M. Alain Lungungu Kisoso, coordonnateur national suspendu de la CFEF, à son ministre de tutelle, Son Excellence Doudou Fwamba Likonde Li-Botayi, actuel ministre des Finances de la RDC.
Mais depuis, l’affaire a pris une tournure autrement plus préoccupante.
Tombée comme un couperet, sans présage ni prémonition, cette décision continue à défrayer la chronique. Dans les milieux financiers congolais, analystes et observateurs peinent à comprendre comment, après 15 années de bons et loyaux services, une telle mesure a pu être prise de manière quasi unilatérale, sans respect apparent des procédures en vigueur — fût-ce à titre conservatoire — à l’encontre d’un responsable ayant toujours inscrit son action dans la vision du chef de l’État visant à sortir la RDC de l’ornière.
À l’origine de cette controverse se trouve l’arrêté ministériel n° 030/CAB/MIN/FINANCES/2026 du 13 avril 2026. Celui-ci s’appuie sur une plainte accusant l’intéressé de sabotage du Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145 T). Ladite plainte, introduite par le cabinet d’avocats Bakajika Tshikapa et Associés en dates des 19 mai et 18 juillet 2025, s’est vue renforcée par d’autres griefs présumés : conflits d’intérêts avec l’ASCAT-SPPE, irrégularités administratives diverses, ainsi que des soupçons de détournement de deniers publics.
Face à ces accusations, que la partie incriminée juge infondées, la riposte ne s’est pas fait attendre. Par la voix de son avocat-conseil, Me Jean-Pierre Ilaka, la défense dénonce une décision précipitée et juridiquement fragile. Selon lui, les faits reprochés « ne sentent pas l’odeur de sainteté ».

Dans une correspondance aussi limpide que rigoureuse, la défense invite le ministre à reconsidérer sa position, estimant que les motifs de la suspension restent largement sujets à caution.
Concernant les plaintes du cabinet Bakajika Tshikapa, il ressort qu’elles reposeraient sur un dossier pourtant clos depuis le 19 novembre 2025 par la Cour d’appel de Kinshasa, faute de preuves.
S’agissant du différend avec l’ASCAT-SPPE, un modus vivendi a déjà été trouvé à l’initiative du coordonnateur de la CFEF, permettant la reprise des activités de ce partenaire, assortie de garanties adéquates pour les fonds en litige. À ce jour, neuf chantiers sont en voie d’achèvement.
Sur les présumés détournements de deniers publics, la défense pointe l’absence criante de faits précis : ni lieu, ni circonstance, ni élément matériel n’est avancé. Elle rappelle en outre que la CFEF a fait l’objet d’audits rigoureux — notamment de la Cour des comptes et du cabinet Strong NKV — ayant tous conclu à des satisfecit pour les exercices 2022, 2023 et 2024. « La mauvaise foi ne se présume pas, elle se prouve », martèle ce juriste chevronné.
En matière de gestion contractuelle des missions de contrôle, la défense reconnaît l’existence de contrats à rémunération forfaitaire pour des prestations intellectuelles, notamment jusqu’à fin juillet 2023, période marquée par l’application de pénalités à l’encontre des entreprises défaillantes. Toutefois, l’ensemble de ces documents a été approuvé par la DGCMP et validé au niveau gouvernemental.
Quant à la mise en œuvre du PDL-145 T, malgré des contraintes logistiques majeures — routes impraticables, défaillances managériales de certaines entreprises —, la CFEF affiche des résultats significatifs : au 31 mars 2026, 386 ouvrages sur 635 ont été réceptionnés (233 écoles, 116 centres de santé et 37 bâtiments administratifs), tandis que 92 autres sont en cours de finition. Pour la défense, il s’agit là d’un grief artificiel, construit pour les besoins de la cause.
Sur le prétendu retard dans les rapports d’audit liés aux projets financés par la Banque africaine de développement, la partie mise en cause balaie l’accusation d’un revers de main : la CFEF ne figure sur aucune liste de partenaires défaillants publiée récemment par l’institution panafricaine.
Mais là où le bât blesse véritablement, c’est dans les conséquences immédiates de cette suspension. À peine notifiée, la décision a été suivie, du côté de l’intérim, par une réorganisation précipitée du personnel, opérée en marge des règles en vigueur et dans une atmosphère pour le moins sulfureuse.
Aux yeux de certains observateurs, cette dynamique s’apparente à une véritable chasse aux sorcières, en vue de semer trouble et inquiétude au sein d’une structure jusque-là réputée pour sa stabilité.
Au regard de l’ensemble de ces éléments, la défense estime qu’aucune situation de flagrance ne justifiait une mesure conservatoire d’une telle ampleur, fondée de surcroît sur des informations contestées.
C’est dans ce contexte que Me Jean-Pierre Ilaka Kampubu en appelle à l’arbitrage de la Première ministre, Mme Judith Suminwa, considérant qu’au-delà des personnes, c’est l’intérêt supérieur de la nation qui se trouve ici en jeu. Il demande également au ministre de tutelle de rapporter un arrêté qu’il juge à la fois injuste et déstabilisateur pour un État de droit.
La rédaction
