Avant son départ pour le vieux monde, où il avait quelques chats à fouetter, sourire serein, la réplique prompte mais profondément sagace, l’ancien Secrétaire Général de l’UDPS a bien daigné accorder une entrevue, presqu’à l’arrachée, à Media Actualité, pour mettre d’une manière succincte les points sur les i et les barres sur le t, en rapport avec les bobos politiques qui entourent l’UDPS et le pouvoir actuel, notamment les questions liées à l’organisation de son parti, à la fourniture d’électricité en RDC, au changement ou à la révision de la constitution, etc.
Pleine de bonhommie, cette conversation à la bonne franquette avait été faite, non comme entre Emmanuel Macron et Cyril Hanouna, mais plutôt comme entre le Grand Manitou de l’écriture congolaise, Jean-Paul Brigode ILOPI Bokanga, le Directeur de Rédaction de Média Actualité, et le dernier des Mohicans, l’Ir Alexis MUTANDA Ngoyi-Muana, un des membres co-fondateurs de l’UDPS. Mais avant de vous mettre au parfum de ce que ces deux protagonistes s’étaient racontés, voici ci-dessous la carte de visite de notre personne-ressource.
Cursus scolaire et académique
En réalité, notre interlocuteur n’est plus vraiment à présenter, tellement il a depuis belle lurette pignon sur rue. Mais pour ceux qui ne le connaissent pas, nous pouvons rapidement dire que catholique pratiquant, marié et père de 7 enfants, né à Tshibata le 08 Juin 1940, Alexis Mutanda Ngoyi-Muana a fait ses études primaires à Lusambo, au Sankuru, de 1949 à1955, avant d’entamer les humanités gréco-latines au petit séminaire de Kabwe, au Kasaï-Occidental (1955-1960).
Mais avec les confrontations ethniques qui ont eu lieu un peu partout au pays de Lumumba juste après l’indépendance du Congo-Belge le 30 juin 1960, mais fort exacerbées au Kasaï occidental entre les luba et les lulua, il a dû quitter le petit séminaire de Kabwe, au Kasaï Occidental, pour la ville de Mbuji-Mayi. Ainsi, l’évêque de l’époque s’était arrangé pour mettre en place les deux dernières années des humanités gréco-latines à Mérode, au Kasaï-Oriental (1960-1962).
Il va alors faire sa propédeutique scientifique de 1962/1963 à l’Université Lovanuim de Kinshasa, avant de rejoindre la faculté de Polytechnique de la même Université Lovanium (1963-1969), d’où il va sortir Ingénieur Civil Electricien en courants forts, après deux années de régence technique et trois autres d’ingénierie.
Leadership à fleur de peau
D’aucuns se sont toujours posés la question de savoir d’où venait l’attitude toujours un peu impériale, nonobstant sa poignante modestie. D’après le concerné, il sied de souligner ici que son leadership naturel provient de son enfance. Déjà depuis la maison et l’école, on aimait bien lui confier des responsabilités un peu spéciales, en dépit de son jeune âge. Il fait remarquer par exemple qu’en dernière année de poésie et de rhétorique au petit séminaire de Merode, il fut désigné comme Président des élèves par le père directeur belge, alors qu’il y était arrivé en rescapé de Kabwe. Quoique n’ayant aucune accointance avec lui, de par sa prestance, sa discipline et son intelligence, le prêtre belge avait décidé de lui confier la tâche du président des élèves, qui consistait à régler la journée des apprenants selon les bonnes et rigoureuses convenances de cette institution scolaire.
Signifier le début et la fin d’un cours, et dire quand il fallait aller au réfectoire, à l’étude, à la messe, au dortoir, à la corvée était son lot quotidien. En plus, lors de grandes fêtes de l’Eglise-Mère, c’était à lui qu’incombait la tâche de faire des discours de présentation de vœux, de remerciement et autres plaidoyers au Père Directeur et au personnel enseignant et administratif de l’école, voire aux parents d’élèves et autres invités. Comme il aimait la poésie et la rhétorique, il y allait avec emphases, à l’instar de Démosthène, Cicéron et autres grands tribuns, du genre Lumumba, Nkwameh Nkrumah, Sékou Touré (NDLR), ce qui lui valait toujours applaudissements et congratulations. Et comme il avait prohibé dans sa démarche la délation et les accusations gratuites, préférant régler directement les problèmes en conscientisant les fauteurs de troubles, il avait été très apprécié par ses collègues élèves.
Arrivé en dernière année, ses pairs étudiants en polytechnique l’avaient sans ambages désigné comme Président du CPL, (Cercle Polytechnique de Lovanuim). Ce choix avait tenu compte de son sérieux, de son intelligence, de son impartialité, de sa disponibilité, bref de toutes ces valeurs positives qui caractérisent un bon chef. Et ce, en dépit du fait qu’il comptait parmi les moins âgés de ses camarades finalistes de la faculté de la polytechnique de l’université Lovanuim (NDLR). Pour être le premier des égaux à la faculté polytechnique et diriger des esprits aussi cartésiens, il fallait vraiment faire montre de beaucoup de panache et de sagacité, avait-il confié.
A la Snel, lorsqu’il avait par exemple dirigé la Direction des Équipements, quand il se présentait à une réunion à la Direction Générale, il avait toujours avec lui un document de plus ou moins 20 pages, qui détaillait avec perfection et précision tous les problèmes résolus ou à résoudre. De ce fait, et de celui de son charisme tout azimut, ses collègues commençaient à le regarder en chien de faïence. Même le numéro un de de l’entreprise de l’époque s’était, lui aussi, mis à observer son côté tatillon à contre-sens, craignant que les autorités de tutelle remarquassent ses performances, et éventuellement lui confier la gestion de l’entreprise.
Arrivé à l’UDPS, c’était un peu la même philosophie du travail qui dès le départ prévalu, et le résultat a été très probant, même si certains bougons, pour des motifs un peu sujets à caution, avaient tenu mordicus à convaincre du contraire. Il sied cependant de rappeler ici qu’il avait été le premier militant de ce parti à doter son organisation politique d’un siège, avant que celle-ci ne puisse acquérir son quartier général de la 10eme rue Limete, sur le petit boulevard Lumumba.
Parcours professionnel
Après son stage professionnel exemplaire en 1970, le jeune ingénieur Alexis Mutanda avait été engagé en 1971 à la “Société Nationale d’Electricité“, SNEL en sigle, dans laquelle il accomplira toute sa carrière professionnelle. Ce bosseur hors pair assumera de 1971 à 1986 diverses fonctions dans les différents Services/Directions, ici en RDC, et dans divers pays étrangers, au sein de cette entreprise étatique.
Outre ses diverses fonctions au sein de la SNEL, il a bénéficié de plusieurs stages et formations qui ont été absolument profitables à cette société de production et de fourniture d’électricité, sans compter ses multiples travaux effectués dans le sens de l’amélioration de la productivité de la SNEL. A titre exemplatif, nous pouvons citer sa participation à la reconnaissance avec les techniciens et géomètres de SICAI au tracé de la ligne HT Inga-Kinshasa en 1970, son stage au centre de recherche de CESI – Centro Electro-technico-Sperimentale Italiano – à Milan en Italie en 1971-1972, ainsi que la recherche des sites pour l’installation des mini-centrales dans la Province du Kivu (Kindu, Bukavu, Goma, Uvira, Kamituga, Beni, Butembo, Mwenge), avec les experts yougoslaves et ceux de l’ONRD, en 1972.
Sa présence remarquable aux conférences mondiales sur l’énergie organisées à Détroit/USA en 1974 et à Istanbul/Turquie en 1979, ses visites techniques organisées par « UNITAR » en Chine populaire sur les mini-centrales desservant des agglomérations rurales dans ce pays en1978, ainsi que ses visites techniques organisées par le “CIS“ aux lieux de l’aménagement des deux plus grands barrages du monde : “Itaipu“ au Brésil et « Baie James » au Québec/Canada, ont donné une aura très éclatante à son curriculum vitæ.
Il faut dire que cet ancien stagiaire à la Centrale hydro-électrique de Zongo dans le Bas-Congo avait gravi tous les échelons de l’administration technique de cette entreprise de production et de distribution électrique, pour finir sa carrière comme Directeur du “Système Inga-Shaba“, chargé de l’interconnexion de la ligne Inga-Shaba aux réseaux du Bas-Congo et du Shaba (Katanga), et ce, de 1982 à 1986. Mais d’atteindre le summum, il est passé par les postes d’Ingénieur Chef des réseaux électriques interconnectés du Bas-Congo et de la ville de Kinshasa, de Manager du dispatching central de la Gombe, d’Ingénieur Chef des projets spéciaux à la Direction générale, de Directeur du Projet Inga-Shaba, avec siège à San-Francisco, USA, de Directeur des « Etudes et Travaux » en charge des Projets SNEL (1976-1978), de Directeur Technique en charge de l’Administration de grands Projets de la Société et des Exploitations des Centres de production et de Transport à Haute Tension (1978-1979), de Directeur de l’Equipement, chargé de la gestion des Projets, dont notamment la réalisation de la ligne Inga-Shaba, la Centrale Inga II, la ligne Katana, etc.
Contrairement à ce qu’on serait tenté de croire, ses activités actuelles, en tant que manager privé, ne sont guère de tout repos. En effet, ce grand battant est le Fondateur et Président Directeur Général des entreprises de presse comprenant un Quotidien (Tempête des tropiques), une Chaine de Télévision (Canal Numérique Télévision), une Station de Radio (Trinidas FM), sans compter son emprise dans le secteur Agro-industriel et Immobilier. Signalons tout de même que la branche agro-pastorale de son entreprise est de nos jours mise en berne, suite à l’insécurité qui règne au Plateau des Bateke, à cause du phénomène Mombondo.
Approche humanitaire et philanthropique
En sus de sa grande implication dans les activités de Lions Club International, où il est membre effectif depuis 1979, avec exercice de plusieurs fonctions au sein de ce club service mondial, dont notamment celui du président du district 409, comprenant le Rwanda, le Congo et le Burundi,
M. Alexis Mutanda Ngoyi-Muana est le Président de la “Fondation Alexis Mutanda“, siglé FAM, depuis l’an 2006. Il avait en plus été le Président du Conseil d’Administration de l’Association Internationale des ONG « World Association of Non Gouvernemental Organisations – Chapitre RD-Congo WANGO -, sans oublier la présidence de l’ADAM, « l’Association des Amis d’Alexis Mutanda », qui soutient son attachement à l’état de droit et aux valeurs démocratiques, les valeurs démocratiques qu’il voudrait inoculer au sein de la population lambda, à travers des activités et actions d’éveil patriotique.
Lorsqu’on met les pieds dans le somptueux bureau de travail de cet homme d’affaires aux multiples dimensions, situé au cinquième étage d’un immeuble moderne qui fait face au cimetière de la Gombe à Kinshasa, on est du coup frappé par la multitude de diplômes de mérite étalés derrière son fauteuil managérial, juste au dessus de sa tête. Sans qu’il le dise explicitement, on sent que cette reconnaissance publique fait partie du patrimoine immatériel dont il semble vraiment être très fier.

Cursus politique atypique
Par souci de voir la RD-Congo sortir de l’ornière, M. Alexis Mutanda s’était engagé dans le giron politique en1986, au sein de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social, « UDPS » en sigle. Co-fondateur reconnu par un acte du Collège des Fondateurs, il a rendu de nombreux services à ce grand parti de l’opposition congolaise de l’époque, aujourd’hui au pouvoir. En tant que cadre du Parti, il occupera plusieurs fonctions en son sein, dont celles de Membre du Comité National et Secrétaire national aux Relations Extérieures de 1997 à 2003. Il va à cet effet réaliser l’exploit de l’implantation du parti actuellement au pouvoir dans la diaspora congolaise en Occident.
Après ce tour de force, il va s’occuper, de 2003 à 2008,de l’Organisation des Fédérations de l’Extérieur. Il cumulera ces dernières fonctions avec celle du Président de la Commission chargée de gérer les ressources du Parti.
Pour tous ces mérites dont on a fait étalage ci-dessus, il lui avait été confié, de novembre 2008 à Janvier 2011, la charge de Secrétaire Général de l’UDPS.
En 2011, l’année où le sphinx de Limete va se lancer dans la course présidentielle, il occupera le fauteuil du président de la Commission Électorale Permanente, CEP en sigle, ainsi que celui du coordinateur des activités du Bureau Central de la Campagne Electorale de l’UDPS en RD Congo, pour les élections présidentielles et législatives de 2011. Il en sortira comme l’élu national de la circonscription électorale de Mbuji-Mayi. Et en dépit des conditions délétères desdites élections, le candidat de l’UDPS aux présidentielles sera massivement voté par le Souverain Primaire, et son parti enverra au parlement 42 députés, devenant ainsi, nonobstant l’hostilité du pouvoir en place, la deuxième force politique de l’Assemblée Nationale de cette époque.

En tant que député national, l’honorable Alexis Mutanda avait été récipiendaire de plusieurs prix ayant mis en exergue l’excellence de son engagement politique, en faveur de l’avènement de l’état de droit et de la culture démocratique en RDC. En tout cas, le cheminement politique de celui qui a été en 1992 le conseiller principal aux infrastructures d’Étienne Tshisekedi Wa Mulumba pendant ses 3 mois de gouvernance, lorsqu’il avait été élu Premier Ministre par les participants à la Conférence Nationale Souveraine, est parsemé de beaucoup de bravoures politiques.
A suivre ……