Trop de lois tuent la loi, dit-on ! disait déjà Jacques Chirac en 1995. Les transporteurs congolais, surtout kinois, en ont eu marre de cette épée de Damoclès toujours suspendue sur leurs têtes sur les routes de Kinshasa. D’aucuns ont d’ailleurs constaté qu’il faut vraiment montrer patte blanche pour être accepté par les conducteurs de taxi-bus dans leurs cabines, tellement ils ont peur de l’oppression permanente des policiers de roulage, bureaux 2, inspecteurs et agents du ministère des transports, etc, qui font d’eux leurs vaches à lait.
En effet, à la moindre petite infraction, vraie ou supposée, quelquefois inventées de toutes pièces, ces prédateurs leur soutirent du sou péniblement gagné. Il faut rappeler ici que ces gens travaillent parfois sans relâche de 4 h 00 du matin à 22 h 00 du soir, pour réunir le « versement journalier » exigé par leurs patrons, en sus du montant qui assure l’achat du carburant et leurs propres survies.
A force d’être soumis à des multiples exactions, les utilisateurs de la voie publique ont fini, le lundi 29 juillet 2023, par exprimer leur ras-le-bol, en retirant carrément leurs véhicules des artères de la ville-province de Kinshasa. En tout cas, les « maillots jaunes » n’étaient pas en grand nombre au rendez-vous de ce début de la semaine, mettant ainsi en grande difficulté leurs passagers habituels, qui ne savaient plus à quel saint se vouer.
En tout cas, les populations kinoises, qui entreprennent chaque matin leur mouvement rituel vers le centre ville, avaient été ce jour-là prises de court par cette subite pénurie de moyens de transport. Dans certains coins de la capitale, les automobilistes qui avaient tenté de passer outre cette consigne de grève avaient fait l’objet de diverses menaces de leurs comparses. A quelques endroits, les avenues principales de la capitale congolaise avaient tout simplement été barricadées.
Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, les conducteurs de motos et de tricycles avaient fait de cette carence désastreuse, imposée par l’impitoyable loi de l’offre et de la demande, une affaire alléchante. Et comme dans la jungle, la loi du plus fort avait été la meilleure. Les motocyclistes, qui se trouvaient en position de force, appliquaient alors les tarifs qui leur passaient dans la tête. Au finish, ce sont les citoyens lambdas qui ont payé le prix fort des humeurs habituellement désinvoltes des « Maniema ». Il n’y avait alors pour ceux qui voulaient se déplacer d’un point à l’autre de la ville de Kinshasa deux alternatives : ou on se plie aux tarifs fantaisistes des « wewa », ou on décide de faire « la ligne 11 ».
D’après d’irréductibles chauffeurs de bus et de taxi-bus, les autorités publiques devraient bien s’impliquer dans cette affaire, pour donner un coup de massue aux abus perpétrés par les hommes en uniforme et leurs compères du ministère des transports transport sur la voie publique, qui sont devenus oppressants, voire offensants.
Face à cette désobligeance, la Première Ministre Judith Suminwa avait réuni le même jour, en son cabinet de travail, les ministres concernés par le secteur de transport, ainsi que les autorités de la Ville-Province de Kinshasa, en vue de résoudre le plus rapidement possible cette équation à plusieurs inconnus.
Au nombre de ces problèmes, on a compté les différends ayant eu lieu entre le Vice-premier Ministre, Ministre des Transports et Voies de communication et les syndicats de la société Transco.
Répondant positivement aux vœux de l’autorité publique, la délégation syndicale de cette entreprise étatique avait aussitôt annoncé la suspension de son mouvement de grève, entamé depuis le 22 juillet 2024.

« Le Gouvernement de la République démocratique du Congo a pris en compte les doléances des agents de notre entreprise étatique de transport en commun et a promis de payer les deux mois d’arriérés de salaire, sujet du mécontentement des agents, dans les heures qui suivent, et aussi, de régler les allocations scolaires d’ici le 15 août 2024 », avait annoncé le président ‘inter-syndical de Transco.
Au terme de ces discussions, il a été également annoncé que les mêmes mesures seront, mutatis mutandis, de mise au niveau de Trans Academia.
Au cours de cette réunion, le numéro de la Ville-Province de Kinshasa a vivement regretté le malentendu ayant eu lieu entre l’autorité publique urbaine et les transporteurs privés de son ressort, qui avaient pris, selon lui, une décision unilatérale, sans se référer au cadre de concertation qui existe entre l’exécutif provincial et leur corporation.
D’après lui, les tracas dont font allusion les mécontents concernent le contrôle de routine effectué par les agents de la division des transports, et non les missions de vérification de l’affichage des itinéraires et des tarifs de transport. Mais au delà de ce couac, tout sera mis en œuvre pour le retour de la courtoisie routière et de la convivialité sur les routes de la capitale, avait assuré M. Daniel Bumba, le nouveau locataire de l’hôtel de Ville de Kinshasa à celle de l’hôtel du gouvernement.
Dès demain, il n’y aurait plus les perturbations constatées aujourd’hui sur la voie publique dans la capitale congolaise, avait renchéri Patrick Muyaya, le porte-parole du gouvernement.
« Tout est bien qui finit bien », il y a lieu d’espérer qu’avec toutes les affirmations de bonne foi exprimées lors de cette rencontre, les différents protagonistes fumeront désormais le calumet de la paix, et la quiétude sera ramenée sur les « Pavés de la République », comme le dirait le Romancier Tony Elebe Ma Ekonzo qui, dans son roman titré pareillement, a décrit avec panache comment les routes de Kinshasa sont devenues le pactole des agents véreux, qui arraisonnent et rançonnent les usagers de la route comme bon leur semble, à leurs seuls profits, bien entendu.