GENOCOST : Retour sur les faits et témoignage poignant d’un prêtre de Kisangani 

Économie Politique Societé
Partager via :

La date du 05 juin 2000 restera à jamais gravée dans la mémoire des Boyomais en particulier, et des Congolais en général. Kisangani, le chef-lieu de la province de la tshopo était loin de penser que les crépitements d’armes lourdes et les lancements d’obus qui ont eu lieu ce lundi-là allaient durer pendant 6 terrifiants jours et nuits.

En effet, dans ce laps de temps, plus de 7000 tirs d’obus et de roquettes avaient endeuillés toute une ville, et au-delà d’elle, toute une nation.

A en croire beaucoup de témoins, tout a commencé dans la matinée à l’heure de la récréation des élèves aux différentes écoles de la ville. Certains d’entre eux ont perdu la vie dans cet affrontement surréaliste entre deux armées étrangères sur le sol congolais. Mais que s’était-il réellement passé ce jour-là ? L’Armée Patriotique Rwandaise (APR) et  l’Uganda Peoples Defence Force (UPDF) s’étaient affrontés six jours durant, en plein cœur de Kisangani, pour avoir le contrôle des riches zones minières de l’ex province orientale. Du 05 au 10 juin 2000 donc, les conquistadors venus des Pays de Kabuta Museveni et de Paul Kagame avaient semé la terreur au fief électoral de Patrice Emery Lumumba, en s’y livrant des batailles intenses et ininterrompus, à coups d’armes lourdes, sans faire grand cas des dégâts collatéraux. 

Selon « Justice et Libération », une association des droits de l’homme basée à Kisangani, ces affrontements ont causé la mort de plus de 1000  civils. Près de 3000 victimes, ainsi que plusieurs édifices endommagés, dont notamment la centrale hydroélectrique de la Tshopo et la cathédrale Notre Dame du Très Saint Rosaire, ont été répertoriés. Jusqu’à ce jour, la ville martyre de Kisangani porte encore des stigmates de ces combats meurtriers, qui se remarquent aisément à travers du grand nombre de personnes mutilées, d’orphelins ou de femmes violées, ayant assisté aux meurtres de leurs maris et aux enlèvements de leurs enfants.

24 ans après, ces deux pays voyous n’ont jamais daigné présenter même de simples excuses aux victimes de cette barbarie, qui ne cessent d’ailleurs d’exiger une réparation. 

Après une action en justice, la RDC  a pu avoir gain de cause en février 2022, du moins avec l’Ouganda, qui a été condamné par la Cour internationale de justice,  au paiement d’une amende de 325 millions de dollars à la RDC, pour les dommages causés lors de son intervention militaires entre 1998 et 2023 dans ce pays. Cette décision avait fait suite au jugement rendu par la même institution judiciaire 17 ans plus tôt, établissant la responsabilité du pays d’Idi Amin Dada dans cette affaire. 

Ainsi, le 1er septembre de chaque année, l’Ouganda doit verser 65 millions de dollars à la RDC, et ce, jusqu’en 2026. C’est depuis donc l’année 2022 que Kampala a commencé à s’acquitter de cette dette, faute de quoi, il va encore être redevable des  intérêts annuels de 6%.                       Pour ce qui est du Rwanda, la cour s’était tout simplement déclarée incompétente. 

Ce qui est vrai, la RDC en général, et la population boyomaise, en particulier, n’oublieront jamais ces faits gravissimes. 

Le pays de Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo s’est même réservé une journée pour commémorer le GENOCOST, entendez par là, le « génocide pour des gains économiques ». Le 02 aout passé, tout  Kinshasa s’était déplacé vers Kisangani, pour se souvenir de ces évènements malheureux, et aussi, pour donner de l’espoir aux victimes de ces barbaries. 

La présence de la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka, représentante du Chef de l’Etat, empêché pour des raisons de santé, et de quelques membres de son Gouvernement ont sans doute mis du baume aux cœurs des victimes.

Témoin de ces atrocités, Me Constant MUTAMBA, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux a déclaré sur son compte X : « Ces différentes tragédies ont déchiré mon enfance,  et planté en moi des souvenirs révoltants, traduisant la méchanceté de Kagame et de Museveni ; la commémoration de GENOCOST renforce encore ma conviction de lutter aux côtés du Chef de l’Etat, Son Excellence Felix Tshisekedi, contre l’agression barbare et cruelle du régime de Kigali »…

A l’instar du père Gabriel Mbelia, le curé de la paroisse Saint Gabriel de Kisangani, qui a vécu en temps réel les guerres d’ 1,3, et 6 jours, la population Boyomaise se souvient toujours, comme si c’était hier, de ces douloureux moments de turbulences guerrières, provoquées par les turpitudes des armées de Kagame et Museveni. 

Voici ci-après, en intégralité et en exclusivité, le témoignage du prêtre catholique ci-dessus cité :

 » Le lundi 05 juin 2000, nous étions au noviciat Sacré Cœur de Jésus, qui se trouve dans l’enceinte de la paroisse Saint Gabriel, avec quelques-uns de mes confrères; après avoir assisté à une conférence, on s’appretait chacun à faire une descente dans nos différents secteurs pour le travail manuel. C’est autour de 10h, pendant que nous étions tous fort occupés, que nous avions entendu le premier bombardement, suivi des coups de fusil.

On s’était tout de suite dit que la guerre avait repris, puisque un mois auparavant, on avait vécu la celle dite de « trois jours ». Comme les tirs ne s’arrêtaient toujours pas, ce fut la débandade. Les gens couraient de partout. Après une dizaine de minute, nous étions obligés d’arrêter le travail, avec l’accentuation de l’intensité des tirs. On a alors vite compris qu’il y avait deux groupes armés qui s’affrontaient. 

Mais bien avant cela, nous avions remarqué qu’il y avait des tranchées partout dans la ville. On avait en effet remarqué qu’on creusait des trous partout, qui devraient servir aux positionnements des militaires. On se disait alors que ça pouvait péter à tout moment. Et quand les hostilités ont commencé, on a aussitôt compris que nous étions de nouveau en guerre. Cependant, on ne s’attendait pas à ce que cet affrontement perdure jusqu’à 6 jours.

Comme les deux armées se connaissaient bien, chacune d’elles pouvait facilement situer la position de l’autre. Malheureusement, ils s’entrattaquaient sans trop tenir compte des dégâts collatéraux.  Les belligérants  pouvaient se positionner derrière une habitation, et se mettre à tirer en direction du camp adverse, qui répliquait tout de suite, par tirs de roquette ou d’un obus, sans faire grand cas aux victimes innocentes.

C’est ainsi que plusieurs personnes ont trouvé la mort et  la cathédrale Notre Dame du Très Saint Rosaire, ainsi que tant d’autres édifices de la ville ont été touchés. Il y avait du côté de la cathédrale des militaires Rwandais, qui tiraient des obus vers la position ougandaise, et vice versa. C’étaient donc ces obus qui avaient détruit une partie de l’autel de la cathédrale. Ces scènes de tuerie et de destruction massive étaient horribles à voir ! 

Le soir, on pouvait voir dans le ciel les éclairs des obus traverser le fleuve pour aller échouer de l’autre côté. De temps en temps, on voyait des tirs partir de l’aéroport, et la réplique était immédiate. Ne sachant plus à quel saint se vouer,  la population se contentait de compter et de pleurer ses morts. 

Je me souviens qu’un jour, les militaires sont venus au noviciat réquisitionner notre véhicule pour transporter les blessés. Et quand le père maître du Noviciat, qui les a accompagnés, est revenu, il s’est enfermé pendant deux jours dans sa chambre, tellement il avait été traumatisé par ce qu’il avait vu. Il nous dira par après que ce qui s’était passé était tellement inimaginable que cela dépassait carrément tout entendement. Et depuis lors, nous avions caché la voiture et le père, tellement il était choqué, terrifié, et horrifié par ce drame, qui a provoqué des morts et des morts, sans oublier des personnes amputées, des enfants abandonnés, des femmes violées, et plein d’autres atrocités. 

C’est comme ça que nous avons vécu pendant 6 jours, avait conclu le curé de la paroisse Saint Gabriel de Kisangani.

La commémoration de ce génocide affiche la volonté du peuple congolais de mettre un terme à l’impunité, au terrorisme, et aux crimes de sang et de guerre, qui sont d’ailleurs imprescriptibles.

Bel Id.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *