A force de scruter les manœuvres qui s’opèrent en RDC, dans le cadre de ce qu’on peut qualifier de stratégie pour faire accepter au souverain primaire ce que les uns appellent « changement de la constitution », tandis que les autres disent « révision de la loi fondamentale », on finit par noter l’entrée en lice de nouveaux acteurs dans l’arène politique congolaise. De ce fait, le débat sur le changement de la constitution congolaise connaît de surprenantes péripéties, au point que même le Congo profond est atteint par cette effervescence, notamment dans la province révolutionnaire du Kwilu, où la thèse d’Adolphe Muzito, l’autorité morale du Nouvel Élan, en faveur du changement de l’actuelle constitution, s’affronte, pièce contre pièce, avec celle d’Albert Mukulubundu, l’ancien porte-parole de son parti, qui a récemment créé, avec d’autres membres du Nouvel Elan, le Front Démocratique Africain.
Déjà en mai 2024, la première voix dans la diaspora congolaise en région Parisienne à fustiger les calembours de l’UDPS, en rapport avec la modification de la loi fondamentale, avait été celle d’Albert Mukulubundu, à l’époque porte-parole et secrétaire national chargé de l’extérieur du Nouvel Élan. C’était lors de la visite en France de Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, le président de la RD Congo, qui avait déjà à l’époque fait sous-entendre ce genre de velléités.
Cette ferme position avait alors valu à Mukulubundu Jr la foudre de son ancien parti, qui avait qualifié ses déclarations de tapageuses, de procès d’intention, un porte-parole devant se contenter de porter la parole de son Chef. Mais l’histoire avait fini par lui donner raison, le régime de Kinshasa ayant mis au grand jour son plan de changer la constitution de 2006. Même son de cloche au Nouvel Élan, puisque le 25 novembre de l’année écoulée, lors d’une conférence de presse, Blanchard Mongomba, le Secrétaire Général du Nouvel Élan, avait signifié à un public médusé le soutien de son parti à Félix Antoine Tshisekedi, dans sa détermination à donner un coup de balai à l’actuelle loi fondamentale, une attitude qui ne cadrait pas, selon certains détracteurs, avec la vision des partis de l’opposition congolaise.
Faute donc d’avouer le commerce de leur maître à penser avec le pouvoir en place, les supporters de l’ancien cacique de Lamuka affirmeront que celui-ci aurait agi selon les valeurs d’une opposition républicaine. Néanmoins, d’après d’aucuns, par cet aveu, le Nouvel Élan aurait signifié à qui voulait l’entendre qu’elle en avait marre de faire l’opposition pour l’opposition. Et Blanchard Mongomba de rappeller que « son parti avait été l’un des rares qui avait battu sa campagne de 2023 entre autres sous le thème de la révision constitutionnelle, pour amener à un changement total, qui réhabiliterait le peuple dans sa souveraineté ». Saluant l’initiative du chef l’Etat congolais, de mettre en place une « commission représentative de toutes les forces politiques et sociales » en vue de traiter de cette question, le grand cadre du Nouvel Élan avait aussitôt sollicité que la présidence de ladite commission revienne à l’opposition. Laquelle ? Cette dilogie n’est pas passée inaperçue dans l’opposition politique congolaise, qui s’était mise à crier haro sur le baudet.
En tout cas, le bras de fer entre l’autorité morale du Nouvel Élan et son ancien poulain s’était prolongé jusqu’à leur base commune : la province du Kwilu. En effet, avant les fêtes de fin d’année, Adolphe Muzito avait intervenu sur les antennes d’une radio locale de Kikwit, pour expliquer à sa base électorale le bien-fondé de la démarche de Fatshi Béton, par rapport au changement de la constitution de 2006, traitée d’œuvre de l’impérialisme par Blanchard Mongomba.
Sans l’ombre d’une hésitation, Albert Mukulubundu a lui aussi récemment éclairé la lanterne des populations kwiloises sur ce sujet brûlant. En effet, contacté par une radio locale de la même ville, l’interviewé a donné à l’opinion publique un point de vue différent de son ancien patron politique. C’est alors qu’il va mettre en exergue la non nécessité de la modification de la loi fondamentale congolaise, en ce moment précis où l’Est de son grand pays est envahi par les troupes rebelles rwandaises, ougandaises, et tutti quanti.
D’après lui, par respect à la mémoire de plus de six millions de morts occasionnés par cette hécatombe, qui dure depuis plus de deux décennies, ainsi que par celui de toutes ces femmes violées et violentées presqu’au quotidien, il sied de mettre ce genre de lubies au réfrigérateur, pour focaliser toutes les énergies spirituelles, matérielles, financières et stratégiques nationales, à l’instar des Fardc et des Wazalendos, sur les actions devant mettre Paul Kagame et ses troufions du M23 hors d’état de nuire.
Depuis son intervention à cette radio Kikwitoise, la thèse de l’ancien Porte-Parole du Nouvel Élan anime les conversations dans les différentes couches de la population « au pays du feu Patriarche Antoine Gizenga « .
Il sied de signaler ici que les deux protagonistes en confrontation tirent leurs origines de cette province, qui constitue leurs bases électorales. Quid donc de l’issue de ce combat singulier, qui ressemble un peu à celui de Goliath et David ?
Ce qui est vrai, les habitants du Kwilu commencent de plus en plus à comprendre qu’elle peut désormais compter sur le nouveau leadership émanant du Front Démocratique Africain, lequel dit mettre les intérêts du peuple congolais au dessus de toutes autres considérations.
Tel père, tel fils, déjà pendant la 1ère république, M. Félix Mukulubundu, le géniteur du jeune leader du Kwilu qui porte son patronyme, avait été de ceux qui avaient farouchement tenté de barrer la voie à la félonie du groupe de Binza, en participant activement à la lutte armée organisée par Pierre Mulele au maquis de Kwilu-Kwango, après l’assassinat du Premier Ministre Patrice Emery Lumumba. En tout cas, cette témérité avait valu au « camarade Mukulubundu Père plus de 30 ans d’exil.
Bon analyste politique, doublé de très bonnes qualités de stratège, communicateur hors pair et homme de contacts politiques avéré, Mukulubundu Muke s’impose de nos jours comme une personnalité politique intègre et perspicace, sur laquelle la RDC peut compter, en ce temps de crise profonde, dûe surtout à la perturbation sécuritaire à l’est de la RDC. Tirant sa force de la diaspora congolaise, et de sa province d’origine, le fief historique des patriotes Lumumbistes, où il a toujours gardé les pieds sur terre, et est connu pour son amour du peuple, ainsi que ses œuvres communautaires et humanitaires, sa récente présence parmi les Souverainistes Panafricains à Dakar a eu un écho favorable dans son terroir, surtout auprès de la jeunesse progressiste.
En dépit donc de tout, et par devers tout, ce jeune turc est en train d’ancrer de fortes racines dans la province Kwilu, en RDC, avec sa nouvelle organisation politique dénommée le « Front Démocratique Africain’, qui prône, à l’instar du « Parti Solidaire Africain »(PSA) de Pierre Mulele, Antoine Gizenga et autres, un « Panafricanisme de Développement ». Toutefois, le panafricanisme mis en exergue par le FDA a la particularité d’avoir de solides accointances idéologiques avec le Pastef d’Ousmane Sonko et de Diomaye Faye.
