PROFESSEUR ABBÉ EMMANUEL EYENGA LIONGO DJOLI : QUAND LE SAVOIR DEVIENT UNE FORCE DE TRANSFORMATION DE LA TSHUAPA

EDUCATION
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Le professeur abbé Emmanuel Eyenga Liongo Djoli vient de regagner Kinshasa après un long séjour à Boende, où il dirige désormais, en qualité de recteur, l’Université technologique de la Tshuapa (UNITECT), une institution dont l’initiateur n’est autre que l’honorable Jacques Djoli, président des Bâtisseurs du Congo et actuel rapporteur de l’Assemblée nationale.

La présence, dans son terroir, de cet homme d’Église et de science, qui a fait de la formation de l’homme l’un des grands sacerdoces de sa vie, n’est pas passée inaperçue. Son action à la tête de l’UNITECT et les perspectives qu’elle ouvre pour la Tshuapa ont déjà retenu l’attention de plusieurs médias.À son tour, Média Actualités a voulu regarder de plus près le parcours de cet universitaire, mais surtout la vision qui sous-tend son engagement : faire de l’UNITECT un foyer de rayonnement scientifique, intellectuel et professionnel pour la Tshuapa et, au-delà, pour la République démocratique du Congo.

Un cheminement vocationnel exceptionnel

De la philosophie à l’histoire des religions, de la prêtrise à la gouvernance universitaire, l’abbé Emmanuel Eyenga Liongo Djoli a consacré une grande partie de sa vie à la formation de l’homme, partout où le Seigneur l’a envoyé.À Boende comme à Paris et à Kinshasa, son ambition demeure la même : transmettre, former et créer les conditions permettant à l’homme de prendre en main son propre destin.Aujourd’hui, il entend mettre cette longue expérience au service de son terroir. Son ambition est claire : faire de l’Université technologique de la Tshuapa un véritable foyer de savoir, de compétences et de développement.

Pour lui, l’université ne saurait être un simple bâtiment où l’on vient suivre des cours avant de repartir avec un diplôme.Dans une province longtemps confrontée à l’éloignement des grands centres de formation, l’enseignement supérieur représente un enjeu autrement plus vaste : retenir les jeunes, former les compétences, produire la connaissance et donner à la population les moyens de participer elle-même au développement de son milieu.

C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre l’action du professeur ordinaire abbé Emmanuel Eyenga Liongo, recteur de l’UNITECT.Son dessein tient en une idée forte : rapprocher le savoir de la province afin que la province puisse, à son tour, transformer ses potentialités en progrès.

Un intellectuel au parcours singulier

Né le 4 mars 1956 à Bokote, dans l’ancienne province de l’Équateur, Emmanuel Eyenga Liongo est ordonné prêtre catholique le 1er août 1984 à Kinshasa.Son parcours intellectuel est à la mesure de la diversité de ses responsabilités. L’Archidiocèse de Kinshasa, dont il est clerc, le présente comme gradué en théologie, docteur en philosophie, docteur en histoire des religions et en anthropologie religieuse.

Cet itinéraire l’installe au croisement de plusieurs disciplines et lui permet d’appréhender la question du développement au-delà de ses seules dimensions économiques.Chez lui, l’homme demeure au centre de l’action communautaire : dans sa culture, dans sa foi, dans son environnement, dans ses rapports avec la société et dans sa quête de progrès.

Cette préoccupation apparaît déjà dans sa recherche doctorale consacrée au rapport entre le sacré et la modernité.Sa thèse, Dialectique du sacré et modernité : contribution de Mircea Eliade à la problématique contemporaine d’une philosophie de la religion, réalisée sous la direction des professeurs Michel Meslin et Jean Greisch et soutenue à l’Université Paris-Sorbonne au début des années 1990, témoigne de cette volonté de comprendre les transformations de la société sans perdre de vue ses fondements culturels et spirituels.

De la chaire au gouvernement des institutions

L’abbé Emmanuel Eyenga Liongo n’est pas seulement un homme de réflexion. Il est également un homme d’institution.Professeur de philosophie et recteur du Séminaire de philosophie Saint-Kaggwa, il est l’un des co-initiateurs, avec notamment feu abbé Boss, du groupe catholique Kizito-Anuarite, engagé dans la formation humaine et chrétienne de la jeunesse.

Mais son nom reste surtout associé à l’Institut facultaire de développement (IFAD) de Kinshasa, institution de l’Archidiocèse de Kinshasa, devenue aujourd’hui Université Omnium Omnibus, dont il fut l’un des principaux promoteurs et anciens recteurs.

Cette expérience est particulièrement significative dans son parcours. L’établissement dont il a été la principale cheville ouvrière a développé des formations dans des domaines aussi divers que les sciences et techniques de développement, la santé publique, les sciences de l’information et de la communication, la gestion de projets, l’environnement, l’organisation sociale, les services de santé, le journalisme, la communication sociale, l’audiovisuel et l’édition multimédia.

Bien avant Boende, le professeur Eyenga Liongo avait donc déjà expérimenté une conception de l’université résolument tournée vers les besoins de la société.En 2019, ses anciens étudiants lui rendaient hommage à l’occasion de ses trente-cinq années de vie sacerdotale. Un hommage révélateur de l’empreinte laissée par cet enseignant et responsable académique sur plusieurs générations d’étudiants.Boende, nouveau front d’un vieux combattant.

Aujourd’hui, le décor a changé. Après Paris, où il a été pendant longtemps l’aumônier de la communauté Zaïroise (congolaise), et Kinshasa, Boende bénéficie aujourd’hui des compétences tous azimuts de ce maître en formations diverses.

Si le lieu de prestation change de décor, la conviction demeure intacte : il n’y a pas de véritable développement sans capital humain.L’Université technologique de la Tshuapa, qui a obtenu sa personnalité juridique en 2018, et a établi Son siège social à Boende, avec une représentation à Kinshasa, est aujourd’hui le point de mire de ce grand visionnaire dans le domaine de l’enseignement supérieur et académique. Ses missions sont clairement définies : l’enseignement, la recherche scientifique ainsi que la création d’instituts, d’écoles et de centres de recherche.

L’abbé Eyenga Liongo Djoli était déjà engagé dans cette dynamique institutionnelle, notamment comme chargé des études et des affaires académiques, avant son accession au rectorat. Sa presence à la tête de cette institution académique apparaît ainsi moins comme une rupture que comme le prolongement naturel d’un engagement commencé bien avant qu’il ne prenne ses commandes.

Former les enfants de la Tshuapa in situ

Le problème auquel l’UNITECT entend répondre est connu.Faute d’établissements d’enseignement supérieur suffisamment nombreux et diversifiés, beaucoup de jeunes de la province de la Tshuapa sont contraints de quitter leur milieu pour Kinshasa ou d’autres grands centres urbains.Lorsqu’ils partent étudier ailleurs, la plupart d’entre eux tournent le dos à leur contrée d’origine.La province perd alors non seulement des étudiants, mais aussi une partie de ses futures forces vives.

C’est pourquoi une université implantée à Boende peut contribuer à inverser cette logique.Former localement, c’est réduire les charges supportées par les familles. C’est permettre aux jeunes de rester proches de leur environnement. C’est également créer les conditions pour que les compétences acquises soient réinvesties dans la province.Autrement dit, former sur place, c’est préparer la province à compter sur ses propres enfants.

L’université face aux richesses de la Tshuapa

La Tshuapa dispose de ressources considérables : forêts, terres agricoles, cours d’eau et biodiversité.Mais une richesse naturelle ne devient une richesse durable que lorsqu’elle est connue, maîtrisée, protégée et intelligemment valorisée.C’est ici que l’université peut jouer un rôle décisif.Les sciences agronomiques et environnementales peuvent contribuer à améliorer les rendements agricoles, développer l’agroforesterie, valoriser les productions locales, protéger les écosystèmes et accompagner les communautés rurales.

La recherche universitaire peut également fournir aux décideurs provinciaux des données fiables pour orienter leurs politiques agricoles, environnementales et territoriales.Le défi n’est donc pas seulement de produire des diplômés.Il est surtout de produire des solutions.

De la santé à l’économie : former pour répondre aux besoins réels

La même logique vaut pour le secteur sanitaire.Une province éloignée des grands centres hospitaliers a besoin de professionnels formés au plus près de ses réalités : médecins, infirmiers, techniciens, spécialistes de santé publique et gestionnaires des structures sanitaires.Former sur place peut favoriser l’ancrage des compétences dans la province et contribuer à améliorer la prévention, la santé maternelle et infantile, la prise en charge des populations ainsi que la connaissance des problématiques sanitaires locales.

Les autres domaines de formation — informatique, économie, gestion, droit, sciences politiques et administratives, psychologie et sciences de l’éducation — répondent à une autre nécessité : doter la Tshuapa de cadres capables de participer à la modernisation de son administration, de ses entreprises et de ses services.

Une université doit produire des cerveaux, mais aussi des réponsesC’est probablement là que se situe le véritable défi de l’UNITECT.Une université ne peut se satisfaire de la délivrance des diplômes.Elle doit disposer d’enseignants qualifiés, de laboratoires fonctionnels, de ressources documentaires, d’outils numériques, de programmes professionnalisants et de partenariats scientifiques.Elle doit encourager la recherche.Elle doit favoriser les stages.Elle doit rapprocher les étudiants des entreprises, des administrations, des hôpitaux, des organisations sociales et du monde agricole.Elle doit surtout éviter de former des diplômés dont les compétences resteraient sans rapport avec les besoins réels de leur milieu.

L’université basée à Boende devra donc être une université enracinée dans la Tshuapa, mais ouverte sur le monde.Le numérique, la communication et la bataille contre l’ignorance.Dans un monde dominé par l’information instantanée, la formation aux sciences de l’information et de la communication revêt également une importance stratégique.

La Tshuapa a besoin de journalistes, de communicateurs, de professionnels du numérique et de spécialistes capables de documenter ses réalités et de les porter au-delà de ses frontières.Il s’agit également de lutter contre la désinformation, de promouvoir la vérification des faits et de donner aux jeunes les outils nécessaires pour comprendre et maîtriser les nouveaux environnements numériques.

Une province ne peut prétendre au développement si elle reste invisible dans l’espace national et international.Faire connaître la Tshuapa, c’est aussi participer à sa mise en valeur.Une philosophie du savoirLe parcours du professeur ordinaire abbé Emmanuel Eyenga Liongo donne à cette entreprise une dimension particulière.Le prêtre y rencontre le philosophe.Le philosophe y rencontre l’enseignant.L’enseignant y rencontre le gestionnaire.Et le gestionnaire se retrouve désormais face à un territoire qui attend de l’université davantage que des discours : des compétences, de la recherche et des résultats.Sa conception du savoir semble résumée par cette conviction :« La force d’un pays ne se résume pas seulement aux richesses qu’il regorge, mais surtout au degré d’instruction qu’il assure à ses filles et à ses fils. »À Boende, cette conviction prend une dimension concrète.La Tshuapa possède des ressources.Elle possède une jeunesse.Elle possède un territoire.La question est désormais de savoir comment transformer ces potentialités en véritable force de développement.

Le pari de Boende

Le professeur ordinaire abbé Emmanuel Eyenga Liongo n’arrive donc pas à Boende en simple administrateur d’une institution universitaire.Il y arrive avec une expérience accumulée au fil de plusieurs décennies d’enseignement, de recherche, de formation et de gouvernance académique.Son véritable défi sera désormais de transformer cette expérience en une dynamique institutionnelle durable.Faire de l’UNITECT un pôle de compétences.Faire de Boende un centre de rayonnement scientifique.Faire de la recherche un outil d’aide à la décision.Faire de la formation un instrument d’émancipation.Tel est le leitmotiv de ce prélat catholique septuagénaire qui a fait de l’éducation et de la formation son véritable cheval de bataille.

Pour le moment, sa mission est claire : faire en sorte que les jeunes formés dans la Tshuapa puissent devenir eux-mêmes les artisans de la transformation de leur province.C’est à cette condition que l’université cessera d’être seulement un lieu d’apprentissage pour devenir ce qu’elle doit être : une force intellectuelle au service du développement.

Le challenge lancé est celui de transformer le savoir en pouvoir d’agir, la connaissance en compétence et la compétence en développement.Une ambition qui pourrait se résumer en mots qui composent la devise de l’UNITECT :Semper Excelsior.Toujours plus haut.

Jean-Paul ILOPI Bokanga/Directeur de rédaction.

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