« CÉLÉBRER LA VIE » : GEBE Academia ASBL restitue ses deux mois de résidence artistique auprès des enfants vulnérables

Culture
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Kinshasa — Samedi 29 août 2026.

Il y a des manifestations culturelles qui se contentent de divertir. Et puis il y en a d’autres qui, au-delà des spectacles et des applaudissements, portent une véritable charge humaine. Celle organisée le samedi 29 août 2026 de 13 heures à 17 heures, au Centre Vivre et Travailler Autrement (VTA), situé sur l’avenue Kunzulu n° 99, chez les Sœurs du Cœur Immaculé de Marie (CIM), dans le quartier Mombele, dans la commune de Limete à Kinshasa, peut incontestablement être classée dans cette seconde catégorie.

Placée sous le thème de « Célébrer la vie », elle a été consécutive à la restitution d’une résidence artistique menée auprès d’enfants accueillis dans cinq centres d’accueil et orphelinats de Kinshasa : Vivre et Travailler Autrement (VTA), OSEPER, Malaika, Dieu Mon Refuge et BCP (Breaking The Chains of Poverty).

L’objectif de cette rencontre était aussi simple que noble : offrir à ces enfants, que GEBE Academia préfère appeler des « enfants en situation défavorisée », un espace d’expression, de découverte et de reconstruction à travers l’art et la culture.

L’art comme espace de reconstruction

Comme l’a expliqué la marraine de l’événement, l’écriturienne et poétesse Élodie Ngalaka, co-fondatrice de Ngalaka Initiatives, cette restitution intervenait au terme d’un travail de résidence artistique destiné à faire découvrir aux pensionnaires de ces différents centres des disciplines susceptibles de leur permettre d’exprimer leurs émotions, leurs talents et leurs aspirations.

Sous la supervision de Winnart Nsangu, artiste visuel, photographe et comédien, GEBE Academia développe des activités de formation artistique dans des structures accueillant des enfants ayant connu le traumatisme de l’abandon, du rejet ou de la vie dans la rue.

L’ambition est de leur permettre de découvrir leurs talents et, surtout, de trouver dans l’art un langage pour dire ce qu’ils ont parfois du mal à exprimer autrement.
Pour concrétiser cette vision, la structure s’appuie notamment sur des contributeurs qu’elle appelle affectueusement les « Bâtisseurs d’avenir ».
Parmi eux figurent notamment Jean Guy Tshibassu, l’époux de la marraine de l’événement, ainsi qu’Élodie Ngalaka elle-même, à travers Ngalaka Initiatives.

Quand célébrer la vie devient un acte de résistance

La cérémonie a démarré sur une note particulièrement festive avec la prestation de l’orchestre YOTSI (Les étoiles), composé de deux chanteuses-guitaristes, d’un chanteur-guitariste et d’un batteur.

Dès les premières notes, la musique a envahi l’espace et entraîné sur la piste la marraine de l’événement et son mari, bientôt rejoints par plusieurs invités, membres du groupe et enfants.


Mais derrière cette effervescence se cachait un message beaucoup plus profond.
Dans son mot de circonstance, Winnart Nsangu, coordonnateur de GEBE Academia, a rappelé que célébrer la vie ne signifiait nullement nier les difficultés qui la traversent.
Pour lui, célébrer la vie, c’est plutôt décider que, malgré les épreuves, chacun conserve le droit de rire, de créer, de danser, de rêver et d’espérer.


« Il y a quelques mois, nous avons commencé une aventure avec les enfants vivant dans des maisons d’accueil et des orphelinats. Nous leur avons donné des mots, des pinceaux, de la couleur, de la musique, du mouvement, une scène. À partir de cet espace d’expression culturelle et artistique, nous avons vu naître des talents », a-t-il expliqué.

Et de rappeler qu’un enfant n’a pas seulement besoin que ses droits soient reconnus, mais a également besoin de sentir qu’il compte pour les autres. Durant les deux mois de résidence artistique, GEBE Academia leur a donc offert un espace où ils pouvaient tout simplement être eux-mêmes.

Winnart Nsangu a ainsi invité le public à ne pas regarder uniquement leur performance, mais à voir surtout leur courage : le courage de monter sur scène, de déclamer un poème, de jouer au théâtre, de danser ou encore de présenter une œuvre picturale.
À GEBE Academia, a-t-il insisté, l’on croit profondément que l’éducation et la création artistique peuvent contribuer à changer une vie.

A cet effet, il a remercié les responsables des centres, les accompagnateurs, les partenaires, les bénévoles ainsi que toutes les personnes ayant apporté leur temps, leur énergie ou leurs moyens à cette aventure.
Aux enfants, il a adressé un message particulièrement fort : leur histoire ne s’arrête pas à leur passé, aussi difficile soit-il ; elle peut commencer par ce qu’ils décideront de devenir.

Des enfants qui prennent la parole

Après ce discours à la fois engagé et inspirant, la scène a été successivement occupée par plusieurs jeunes talents issus des centres bénéficiaires.
Paul, du centre Dieu Mon Refuge, a ouvert cette séquence artistique avec une récitation enthousiaste du poème Bolingo.
Puis ce fut au tour de Lumière, jeune artiste, comédien et ébéniste, ancien enfant de la rue, de présenter, pour le compte du centre OSEPER, une pièce de théâtre particulièrement tonitruante intitulée « Regardez-nous ».

À travers des mots et des gestes proches de la récrimination, le jeune comédien a livré un texte véhément, dans lequel il interpelle les parents et les adultes qui abandonnent les enfants à la rue et les condamnent à affronter seuls les difficultés de l’existence.

Le public a ensuite accueilli le jeune slameur Benjamin Massiya, du Collectif HITACHI. Avec cette aisance qui lui est propre, il a mêlé la langue de Molière au lingala, la langue de Bienvenu Sene Mogabe, pour exprimer sentiments, frustrations et espérances, dans un slam où la parole devenait elle aussi une manière de célébrer la vie.

Les filles du Centre Vivre et Travailler Autrement, géré par les religieuses du Cœur Immaculé de Marie, ont ensuite présenté une pièce de théâtre consacrée à la vertu du travail, à l’orientation professionnelle et même à la vocation sacerdotale.

Le groupe folklorique de l’OSEPER est venu par la suite mettre le public sens dessus dessous avec une prestation scénique magistrale, qui alliait vibrations des tam-tam et chorégraphies particulièrement énergiques et bien agencées d’un tandem de jeunes danseurs, ainsi qu’un duo de jeunes filles nubiles aux coups de rein saccadés.

Quand le Kasala vient saluer les bâtisseurs

Vint ensuite le moment de la remise des diplômes de mérite aux différents centres ayant accueilli les résidences artistiques.
La tâche revint naturellement à la marraine de l’événement, Élodie Ngalaka, poétesse et kasaliste.
Mais ceux qui connaissent cette tribunitienne savent qu’elle ne pouvait raisonnablement se contenter d’une remise protocolaire de diplômes sans avoir rendez-vous avec le Kasala.

Avec le panache qu’on lui connaît, Élodie Ngalaka a livré une composition en l’honneur de GEBE Academia, saluant son engagement en faveur des enfants défavorisés, en rendant hommage aux différents centres qui les accueillent.
Son geste ne s’est d’ailleurs pas arrêté aux diplômes de mérite, puisqu’elle a remis à chacun des centres deux de ses publications, ainsi que des pinceaux et des couleurs destinés à leurs pensionnaires. Les enfants présents ont également reçu des bonbons et des biscuits.

« Balabala ebotaka muana te » : la rue ne met pas au monde un enfant

L’un des moments forts de cette célébration aura sans conteste été la présentation du livre Balabala ebotaka muana te, autrement dit « La rue ne met pas au monde un enfant », publié aux éditions Mikanda à Kinshasa par Lumière Kokolo, aidé par Clément Robic.

Le parcours de cet auteur est à lui seul une leçon de résilience.
Ancien enfant de la rue, Lumière a appris à lire et à écrire en autodidacte. Dans son récit, il raconte avec une franchise parfois crue et une émotion poignante ses errances et ses affrontements avec la dure réalité des rues de Kinshasa.

Abandonné à lui-même après que sa mère eut refait sa vie, il s’est retrouvé livré à la merci de proches qui, eux-mêmes, n’ont pas pu ou pas voulu assumer durablement cette responsabilité.
Pendant que ses frères et sœurs trouvaient auprès de leurs pères respectifs une forme de protection, l’aîné qu’il était, ne connaissant le sien ni d’Adam ni d’Eve, se retrouvait sans ce recours.
De l’enfant abandonné à l’enfant accusé de sorcellerie, le chemin vers la rue était malheureusement tout tracé.

Ce livre apparaît comme un témoignage autant qu’un cri : celui d’un enfant que la société aurait pu perdre, mais qui a finalement trouvé dans l’écriture et dans le théâtre, pourquoi pas dans l’artisanat, une manière de reprendre possession de son histoire.

Même sans électricité, la vie continue

L’orchestre YOTSI a ensuite repris possession de la scène pour poursuivre la célébration.
Mais après deux morceaux, le courant électrique a, comme souvent sous nos latitudes, décidé de mettre son grain de sable dans le plat de riz.
Devant la nécessité d’improviser, les filles du Centre VTA ont alors investi la scène et démontré que l’on peut aussi célébrer la vie… avec le seul souffle de la vie.

Le groupe de danse a livré des chorégraphies particulièrement énergiques et époustouflantes, transformant cette panne d’électricité en une occasion supplémentaire de montrer que la créativité ne dépend pas toujours des moyens techniques.
Il suffit parfois d’un peu d’audace, de volonté et d’imagination pour transformer un obstacle en spectacle.

Un cocktail aux saveurs congolaises

La manifestation s’est achevée autour d’un cocktail au cours duquel l’assistance a été invitée à découvrir les tableaux réalisés par les stagiaires de GEBE Academia. C’était également pour elle l’occasion déguster les produits de Cîmpé Organic, notamment une boisson congolaise élaborée à partir de gingembre et de tondolo pour aboutir à la tendre saveur de kimbiolongo.
Le breuvage, servi pour la circonstance par son inventeur, Jean Guy Tshibassu, était assisté de l’écrivain Christian Gombo, Secrétaire général adjoint de l’UECO.

Au-delà des spectacles, des tableaux, des poèmes, du théâtre et de la musique, cette journée aura surtout laissé un message : l’art peut devenir un refuge, une école, une tribune et parfois même une seconde chance.

En choisissant de « célébrer la vie », GEBE Academia n’a donc pas cherché à faire oublier aux enfants leurs blessures. La structure leur a plutôt offert quelque chose de plus précieux : la possibilité de raconter autrement leur histoire, de découvrir leurs talents et de regarder l’avenir non plus seulement avec les yeux de ceux qui ont survécu, mais avec ceux de jeunes êtres capables de créer, de rêver et de construire. Et si la vie mérite d’être célébrée, c’est peut-être précisément parce qu’elle a parfois besoin qu’on lui redonne une chance.

Jean-Paul ILOPI Bokanga/
Directeur de rédaction

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