C’est un ministère générateur de recette et pourtant les agents vivent, la majorité vive dans la précarité.. c’est ce qui ressort de l’analyse d’un agent observateur et qui a voulu rester dans l’anonymat .
voici l’analyse
ÉVALUATION DU BILAN D’UNE ANNÉE DE SON EXCELLENCE MADAME LA MINISTRE DE L’ENVIRONNEMENT, DU DÉVELOPPEMENT DURABLE ET DE LA NOUVELLE ÉCONOMIE DU CLIMAT
Après une année de gestion, il est légitime, en tant qu’agents et observateurs de l’administration publique, de procéder à une évaluation objective du bilan de Son Excellence Madame la Ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat.
Cette évaluation ne doit être ni une campagne de dénigrement ni une complaisance politique. Elle doit plutôt permettre de mesurer les résultats obtenus par rapport aux attentes des agents, aux engagements pris et aux défis auxquels le ministère est confronté.
À notre appréciation, le bilan apparaît contrasté. Certaines avancées peuvent être relevées sur le plan institutionnel, politique, diplomatique et dans la promotion des questions liées à la nouvelle économie du climat. Le ministère a notamment poursuivi des initiatives liées à la valorisation des ressources forestières et à l’opérationnalisation de la nouvelle économie du climat.
Cependant, lorsqu’on se place du point de vue des agents du ministère et de leurs conditions sociales et professionnelles, le bilan demeure beaucoup plus mitigé.
- La rétrocession : une harmonisation qui reste insuffisante
La question de la rétrocession constitue l’une des principales préoccupations des agents.
Nous attendions une politique permettant de réduire les disparités et d’assurer une répartition plus équitable des ressources disponibles entre les différents services et catégories d’agents.
Malheureusement, nous constatons que l’objectif d’une véritable uniformisation de la rétrocession n’a pas été atteint comme nous l’aurions souhaité.
Il ne suffit pas que la rétrocession existe ; encore faut-il qu’elle soit équitable, transparente, régulière et suffisamment harmonisée pour éviter le sentiment de discrimination entre les agents.
Une bonne politique sociale devrait permettre à chaque agent de comprendre clairement les critères de répartition et de savoir pourquoi certains bénéficient de certains avantages pendant que d’autres en sont exclus.
- La prime spécifique : une enveloppe qui reste insuffisante
La question de la prime spécifique constitue également un point majeur de notre évaluation.
Notre préoccupation n’est pas simplement de savoir si une prime existe. La véritable question est de savoir si son enveloppe a été suffisamment augmentée pour permettre à un nombre beaucoup plus important d’agents du ministère d’en bénéficier.
Sur ce point, nous estimons que les résultats restent insuffisants.
Une prime qui ne concerne qu’une partie limitée des agents ne permet pas de résoudre le problème social dans son ensemble. Il faut travailler à l’élargissement du nombre de bénéficiaires et à l’amélioration progressive de l’enveloppe disponible.
Notre revendication est donc simple : augmenter progressivement l’enveloppe de la prime spécifique afin que davantage d’agents régulièrement affectés et actifs puissent en bénéficier, dans le respect des procédures budgétaires et administratives.
- La mécanisation : un dossier qui demeure préoccupant
La mécanisation des agents non rémunérés constitue certainement l’un des dossiers les plus sensibles.
Nous reconnaissons que la mécanisation relève d’un processus gouvernemental plus large et qu’elle ne dépend pas exclusivement de la ministre. Le Gouvernement poursuit d’ailleurs encore ce processus au niveau national.
Mais justement, notre interrogation porte sur le rôle de plaidoyer et de défense des intérêts des agents du ministère.
Combien d’agents du MEDD-NEC ont été effectivement mécanisés durant cette période ?
Combien d’agents restent encore non payés ?
Quelles démarches concrètes ont été entreprises auprès du ministère de la Fonction publique, du Budget et des Finances pour accélérer leur prise en charge ?
C’est à ces questions que nous attendons des réponses précises.
Pour les agents qui travaillent depuis plusieurs années sans salaire, la mécanisation n’est pas une simple question administrative : c’est une question de dignité, de justice sociale et de reconnaissance du travail accompli.
- Les conditions de travail des agents
Un autre aspect qui mérite une attention particulière concerne les conditions de travail.
Le personnel du ministère est appelé à accomplir des missions importantes dans les domaines de l’environnement, des forêts, du climat, de la biodiversité, de la conservation et de la nouvelle économie du climat.
Ces missions nécessitent des moyens matériels, financiers et logistiques suffisants.
Il faut notamment améliorer :
les conditions de travail dans les services centraux et déconcentrés ;
les moyens logistiques destinés aux missions de terrain ;
l’accès aux équipements professionnels ;
la formation continue des agents ;
la prise en charge des missions de terrain ;
les perspectives de carrière ;
la transparence dans l’attribution des avantages et primes ;
la reconnaissance du mérite et de l’ancienneté.
Un ministère qui veut produire des résultats dans le domaine environnemental doit également investir dans les femmes et les hommes qui font fonctionner son administration.
- La motivation et la reconnaissance des agents
La performance d’une administration dépend en grande partie de la motivation de son personnel.
Lorsque les agents constatent des disparités persistantes, l’absence de mécanisation pour certains collègues, des difficultés liées aux primes ou encore des conditions de travail difficiles, cela peut progressivement affecter leur motivation.
Il appartient donc à l’autorité de tutelle de porter régulièrement leurs préoccupations auprès des instances compétentes et de faire du bien-être des agents une composante importante de la politique du ministère.
Le personnel ne doit pas être considéré uniquement comme un instrument d’exécution des politiques publiques. L’agent lui-même doit être au centre de la réforme administrative.
- Des avancées sur le plan institutionnel et technique
Notre évaluation ne doit cependant pas être exclusivement négative.
Il faut reconnaître que le ministère a enregistré certaines initiatives importantes sur le plan institutionnel et technique.
La nouvelle économie du climat occupe désormais une place stratégique dans les politiques publiques et des travaux ont été engagés pour définir les structures devant prendre en charge ce nouveau secteur.
La RDC a également poursuivi des initiatives relatives à la valorisation, à la certification et à la monétisation des ressources forestières, ce qui montre une volonté de mieux valoriser le potentiel environnemental et forestier du pays.
Ces initiatives sont importantes et méritent d’être encouragées.
Mais elles doivent être accompagnées d’un volet social beaucoup plus fort.
- Un bilan politique et diplomatique plus visible
Sur le plan politique et diplomatique, nous pouvons reconnaître une certaine dynamique.
Le ministère participe à des rencontres nationales et internationales et la diplomatie environnementale et climatique permet à la RDC de défendre ses intérêts sur les questions liées aux forêts, au climat, à la biodiversité et au financement climatique.
Le lobbying, les négociations et la mobilisation des partenaires constituent des outils importants pour faire entendre la voix de la RDC sur la scène internationale.
Sur cet aspect, le bilan apparaît donc plus visible.
Cependant, la diplomatie ne doit pas être la seule mesure de réussite d’un ministère.
Les résultats obtenus à l’extérieur doivent également produire des effets à l’intérieur du ministère, notamment sur les conditions de travail et la situation sociale des agents.
- Notre principale réserve : le décalage entre les ambitions et la réalité sociale
C’est ici que se situe notre principale préoccupation.
Nous pouvons avoir de grands projets environnementaux, participer à de grandes conférences internationales, développer la diplomatie climatique et obtenir des engagements des partenaires.
Mais si, parallèlement, des agents du ministère continuent à travailler dans des conditions difficiles, si certains ne sont toujours pas mécanisés, si la prime spécifique demeure limitée et si la rétrocession n’est pas suffisamment harmonisée, alors il existe un décalage entre les ambitions affichées et la réalité vécue par les agents.
Le développement durable doit également commencer par la gestion durable et équitable des ressources humaines du ministère.
- Ce que nous attendons pour la prochaine période
Pour améliorer ce bilan, nous estimons que plusieurs actions devraient être considérées comme prioritaires :
Poursuivre l’harmonisation de la rétrocession et améliorer sa transparence ;
Plaider pour l’augmentation de l’enveloppe de la prime spécifique ;
Élargir progressivement le nombre d’agents bénéficiaires des primes, conformément aux règles en vigueur ;
Accélérer la mécanisation des agents non rémunérés ;
Défendre les dossiers des agents auprès des ministères et institutions compétentes ;
Améliorer les conditions de travail dans les services centraux et provinciaux ;
Renforcer la formation et le développement professionnel des agents ;
Améliorer la transparence dans la gestion des ressources humaines ;
Mettre en place un mécanisme permanent de dialogue entre l’autorité et les représentants des agents ;
Faire du bien-être du personnel un véritable indicateur de performance du ministère.
CONCLUSION
En définitive, si nous devons attribuer une appréciation globale au bilan d’une année de Son Excellence Madame la Ministre, nous dirons que le bilan est contrasté.
Sur le plan politique, diplomatique, institutionnel et dans la promotion de certains dossiers liés à la nouvelle économie du climat, des initiatives et des avancées peuvent être relevées.
Mais sur le plan social, qui constitue notre principale préoccupation en tant qu’agents, nous estimons que les résultats restent largement insuffisants.
La rétrocession n’a pas été suffisamment harmonisée comme nous l’aurions souhaité ; l’enveloppe consacrée à la prime spécifique n’a pas connu l’élargissement nécessaire pour permettre à davantage d’agents d’en bénéficier ; la mécanisation demeure un problème pour de nombreux agents ; et les conditions de travail et de motivation du personnel nécessitent encore des améliorations importantes.
Nous ne disons donc pas que le bilan est absolument nul dans tous les domaines. Ce serait excessif et difficilement défendable au regard des initiatives institutionnelles et techniques engagées.
Mais nous pouvons affirmer clairement que le bilan social est mitigé, voire insuffisant au regard des attentes des agents.
Notre message n’est pas un message de confrontation. C’est un appel à l’action.
Nous voulons que la prochaine année soit celle des résultats sociaux concrets : plus d’agents mécanisés, une rétrocession plus équitable, une prime spécifique élargie, de meilleures conditions de travail et une véritable politique de motivation du personnel.
Car, en définitive, la réussite d’un ministère ne se mesure pas uniquement au nombre de conférences internationales auxquelles il participe ou aux engagements obtenus sur le plan diplomatique. Elle se mesure également à la manière dont il traite et valorise les femmes et les hommes qui travaillent quotidiennement à son service.
C’est pourquoi notre appréciation demeure claire : un bilan politique et diplomatique qui mérite d’être reconnu, mais un bilan social qui reste largement en dessous des attentes des agents.
Agent analyste anonyme
