Abdon Etina « Le Muntu » : une carrière politique démarrée sur les chapeaux de roue

Politique
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Nous sommes à l’acte 3 de notre entretien avec l’autorité morale de l’APOCM. Les deux premiers épisodes ont certainement édifié nos lecteurs sur l’approche de celui qui se positionne actuellement comme le leader le plus en vue de la province du Maï-Ndombe, même s’il y va sans tambour ni trompette.

Dans la conversation qui va suivre, Il s’agira surtout de savoir comment, de l’acteur civil et philanthropique, Abdon Etina a franchi le Rubicon politique. La suite de notre entretien avec celui que ses aficionados appellent affectueusement « Le Muntu », pour des raisons qu’eux seuls connaissent, va assurément éclairer la lanterne de nos lecteurs à ce sujet.

Média Actualités : En fait, quel est le processus qui vous a amené à vous lancer dans la politique active ?

Abdon Etina: Mon entrée dans l’arène politique est en fait une injonction de la population de mon terroir, qui a sûrement trouvé dans mon mode opératoire le modèle qu’elle recherchait pour la défense de ses intérêts. Au début, j’ai beaucoup hésité, au point que je suis parti demander conseil aux aînés qui semblaient plus rompus que moi dans cette direction. Si j’ai reçu beaucoup d’encouragements de la part de certains, tant d’autres ont voulu me dissuader, voire me dévoyer, avec des arguments solides, en me montrant surtout ce que je perdrais si j’entrais dans ce qu’ils appelaient les embrouilles politiques.J’étais prêt à suivre leurs conseils, mais c’était sans compter avec l’insistance de la base, qui commençait à dire tout haut que c’est Abdon, et personne d’autre, leur prochain représentant au Parlement national. À force d’écouter les supplications des miens, je me suis dit : si c’est un appel, allons-y ! Voilà comment les choses ont commencé.

Média Actualités : Pour être candidat, il fallait une organisation. Car dans la proportionnelle, les indépendants n’ont pas vraiment de chance de lutter contre les grands ensembles. Comment avez-vous procédé ?

Abdon Etina : À l’époque, comme dans tout pays organisé, les services d’intelligence m’avaient identifié comme une étoile montante et brillante de la province du Maï-Ndombe. Mais mon malheur provenait du fait que j’étais professionnellement basé au Katanga. Avec tout ce qu’il y avait comme bisbilles entre acteurs politiques de ce coin, on avait voulu connaître qui était derrière la formidable énergie que je déployais pour relever mon terroir. Comme, à l’époque, la politique n’était pas ma tasse de thé, j’avais réussi à convaincre les uns et les autres qu’il n’y avait dans mon esprit aucun dessein visant à briguer un mandat public.À ma grande surprise, ce sont les mêmes  » inquisiteurs  » qui m’ont demandé de ne pas décevoir la population, qui fait confiance en mon leadership positif. Déjà, si avec mes propres moyens, j’étais capable de faire bouger les lignes ; avec l’appui de l’État, je pourrais être encore plus utile à ceux qui semblent heureux d’être sous mon bienveillant encadrement, me dit-on. Au cas où je ne voulais pas entrer dans un parti politique existant, afin de ne pas étouffer ma vision, qui leur paraissait quelque peu atypique, je pouvais créer mon propre parti, pour avoir les coudées franches, me conseilla-t-on.

Média Actualités : Ainsi adoubé, qu’avez-vous fait ?

Abdon Etina : À partir de cette entrevue, au cours de laquelle on m’avait fait comprendre que vox populi, vox Dei, j’ai commencé à sérieusement envisager l’option de la création d’un parti politique.Dans un premier temps, j’avais conçu les statuts d’une organisation politique qui devait s’appeler Union des Laboureurs Écologistes ou Union des Laboureurs et Écologistes. Mais au moment où je voulais entamer les démarches pour son agrément, on me dit que le ministère de l’Intérieur de l’époque avait reçu l’ordre de suspendre la création de nouveaux partis politiques. La seule option qui me restait était alors celle de me faire céder un parti déjà reconnu, mais qui n’était plus actif sur le terrain.

Média Actualités: C’était donc plus facile d’aller dans cette direction-là ?

Abdon Etina: Facile ? Peut-être pas ! Parce qu’on était déjà en 2017, à la veille des élections générales de 2018, et tout le monde était un peu aux aguets. Plausible ? Oui, car après de nombreuses tractations, nous avons fini par tomber sur quelqu’un qui était au soir de sa vie et qui craignait que l’œuvre de toute sa vie ne tombe dans l’oubli, après sa disparition. Il pensait qu’avec moi, qui avais une vision très proche de son idéal, celle-ci serait requinquée, d’autant plus que ce parti s’appelait Alliance des Paysans Écologistes, agréé en 1992. Cela correspondait tellement à ma vision, que je me suis dit : « Banco ! », étant d’ailleurs convaincu que cette aubaine n’était pas un coup du hasard, que c’est le bon Dieu qui a, d’une manière ou d’une autre, parlé. Car, ce que j’avais conçu dans ma tête correspondait à ce qui figurait dans les textes de ce parti. Sans trop réfléchir, j’ai mis de côté toutes les autres offres et j’ai retenu celle-là.

Média Actualités : Et comment est-on passé d’APE à APOCM ?

Abdon Etina: Comme ma vision était celle d’organiser le paysannat et la masse laborieuse en vue de les aider à accéder à la classe moyenne, en créant des entités économiques sous forme de coopératives ou de sociétés commerciales, j’ai adapté le nom du parti à cette réalité.

C’est ainsi que sa dénomination est devenue : Alliance des Paysans, des Ouvriers et de la Classe Moyenne, APOCM en sigle.Lorsque j’ai lancé ce parti, ce fut un véritable raz-de-marée. Un nombre incalculable de politiciens aguerris voulaient m’accompagner dans cette nouvelle aventure, et la plupart d’entre eux gravitaient déjà autour du FCC.

Ainsi, j’ai été parmi les derniers, sinon le dernier, à adhérer à cette plateforme politique qui avait à l’époque pignon sur rue.Et aux élections du 30 décembre 2018, ce fut un coup d’essai, coup de maître. J’ai été le meilleur élu de la circonscription électorale de Kutu, au niveau national. Ma liste a également frappé fort au niveau provincial.

Toutefois, il faut ici dire que, malgré les mains tendues au départ, à part certaines déclarations d’intention, personne ne m’a réellement aidé à réaliser ce score. Il n’y avait que la population lambda, qui m’avait poussé dans la lutte politique, qui est restée fidèle à sa parole, du début à la fin. Quant aux autres leaders de la province, nous sommes en bons termes, même si certains d’entre eux regardent ma percée politique avec suspicion. C’est difficile d’être un prophète chez lui !

Média Actualités: Parlons un peu de votre parti. Est-il seulement implanté dans votre fief électoral ?

Abdon Etina : (Rires aux éclats.) Non, mon frère ! L’APOCM est implanté dans vingt provinces de cette république et a obtenu treize députés nationaux, ainsi que des députés provinciaux lors des dernières élections. C’est un projet ambitieux qui n’en est qu’à ses débuts, mais qui regarde déjà l’avenir avec sérénité, grâce à un programme d’action solide, qui vise à donner aux populations de la base les moyens indispensables pour s’assumer et prendre leur destin en main.

Média Actualités : Quel est, en fait, le projet de société de l’APOCM ?

Abdon Etina : Le projet de société de l’APOCM (Alliance des Paysans, des Ouvriers et de la Classe Moyenne pour un Développement Durable) repose sur ce que nous appelons le « libéralisme social à tendance écologique ».Ses principaux axes sont les suivants :- Promouvoir l’agriculture et les activités paysannes afin de lutter contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire ;- Favoriser l’émergence d’une classe moyenne forte, considérée comme le moteur du développement économique ;- Soutenir les ouvriers et la formation professionnelle afin de disposer d’une main-d’œuvre qualifiée ;- Promouvoir la femme et la jeunesse congolaises dans la gestion des affaires publiques ;- Renforcer la bonne gouvernance et la transparence dans la gestion de la chose publique ;- Préserver la souveraineté nationale et défendre l’intérêt général ;- Améliorer les conditions de vie de la population grâce à l’accès à l’éducation, aux soins de santé, à l’eau potable et à l’électricité.Bref, l’APOCM résume sa philosophie par la devise : « La richesse dans le labeur », c’est-à-dire que la prospérité doit résulter du travail productif, plutôt que de la rente ou de l’assistanat.À l’origine, comme je l’ai déjà dit, le parti était une alliance de paysans et d’écologistes créée en 1992. En 2017, il a élargi son champ d’action aux ouvriers et à la classe moyenne, estimant que la lutte contre la pauvreté exigeait une base sociale plus large.En conclusion, de l’enseignement à la politique, en passant par l’entrepreneuriat, Abdon Etina affirme avoir bâti son parcours autour d’une grande conviction : la promotion du travail comme vecteur d’émancipation sociale.Reste désormais à savoir si son ambition de faire émerger une solide classe moyenne à partir du monde paysan et ouvrier pourra trouver un écho durable dans un paysage politique congolais, souvent marqué par les promesses plus que par les résultats. Une chose est certaine : l’APOCM entend poursuivre son chemin en faisant de sa devise – « La richesse dans le labeur », – bien plus qu’un simple slogan.En tout cas, le dernier épisode vous affranchira sur certaines pesanteurs subjectives concoctées par certains concurrents véreux, qui ont eu du mal à comprendre ni à accepter le consécration ex nihilo de l’autorité morale de l’Apocm, tant dans son fief électoral, et dans le pays tout entier.

Nul n’est prophète chez lui, avait-il dit lui même. Serait -ce le cas pour cet homme providentiel dans qui les siens se sont reconnus ? Le prochain et dernier épisode nous le dira.

Foi de Média Actualités.Propos recueillis par Jean-Paul ILOPI Bokanga/Directeur de Rédaction.

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